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 Le Conflans se déchire

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Barberousse

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Date d'inscription : 29/01/2017

MessageSujet: Le Conflans se déchire   Sam 17 Nov - 8:54

Déjà plusieurs heures que les premiers invités étaient arrivés et la lance que je tenais me semblait comme fondue dans la paume de ma main. Je détestais ce genre de réceptions. Rien ne se passe jamais, des tas de puissants s’amusent juste sous nos yeux à nous, pauvres soldats de garnison, qui préfèrerions encore éplucher des patates qu'attendre douloureusement que tous ces braves lords aient roulés sous la table. A ma droite, Lionnel, un vrai vieux de la vieille, n’avait changé en rien sa posture droite et solide, et sa bouille impassible et stoïque fixait toujours un point fixe devant lui. Je soupirais, désespéré de n’avoir pas même un compagnon comme mon ami Trevor, qui était lui dans la cour, avec qui plaisanter discrètement. Je devais au contraire me farcir toutes les plaisanteries, courtoisies, et autres sourires qui ne faisaient que cacher les couteaux... Si seulement ils pouvaient se quereller, ça ferait de l’animation.

A peine la pensée me traverse l’esprit, que je voyais Osmund Lychester monter le ton contre Harwyn Rivers avant qu’Arthur Lefford ne calme le jeu, sans dissiper une tension pesante entre les trois hommes, qui paraissaient prêts à se dégainer. Malheureusement pour le plaisir de votre dévoué serviteur, le Roi fût annoncé a ce moment précis. A peine celui-ci pénètre –t-il dans la salle, que tous se taisent. Stature, regard, démarche, rien ne ment chez cet homme. Noblesse jusque dans la manière dont il hoche courtoisement la tête, mais cette étrange mélancolie qu'on ressent chez lui ne fait que donner plus d'allure au personnage. Les révérences se suivent devant Valarr Targaryen, que je voyais balayer l’assemblée de son regard perçant. Un détail l’intrigue, je le remarque bien. Suivant la ligne de ses yeux, j’aperçois Brynden Tully, à l’extrême opposé de la porte d’entrée, qui venait à peine de courber le dos, bien en retard, baissant à peine les yeux devant celui était son Roi. Je sens que le geste n’est pas apprécié par ce dernier, qui avance d’un pas ferme dans l’assemblée, avant de lancer ces paroles d’un ton sec.

« Eh bien, nobles seigneurs, commençons »

Et encore deux heures de plus à regarder cette mascarade, que même la présence d'un si auguste personnage ne parvient à combler. Les plats et les serviteurs défilent, ainsi que les quelques bouffons venus divertir les invités, sans grand succès. Brynden Tully ne semble pas lâcher un mot, avec Lyman et les Rivefort à ses côtés ; le Roi, lui, siège à l’autre bout de la table. L’ambiance est pesante parmi les vassaux du Conflans, et quand certains s’animent ou semblent parler de politique, Brynden les fixe d’un regard où l’on peut deviner du mépris, quelque fois de la colère… Je le remarque, comme la majorité de l’assemblée, lorsque ses yeux d’un violet glacial se posent sur Aegor Bracken, Manfreid Whent, ou encore Danwell Frey. De toute évidence, cette réception n'est ni son idée ni son plaisir.

Puis, au fur et à mesure que le temps passe, je le vois devenir plus tendu. Je n’ai rien d’autre à faire, alors autant le regarder lui. Il commence à se gratter une bonne partie du tronc. De temps en temps, une goutte de sueur vient parler sur son front, et on l’entend de plus en plus pousser un soupir teinté d’un ressentiment profond et sincère, ou encore grommeler à un volume inaudible des paroles qui semblent plus que véhémentes. La maladie est clairement en train de s’aggraver, emportant avec lui son mental de fer, et au fur et à mesure que le temps passe, son état ne s’améliore guère ; pire, il ne fait qu’empirer, et bientôt tous les lords de la salle ont compris l’état de leur hôte. Ils savent, et Brynden Tully le ressent. Des mois de tension, de déchéance et de marginalisation, se concrétisent en chaque instant terrible de ce spectacle. Il essaie de le cacher, mais ça n’en devient que plus flagrant. J’éprouve presque de la pitié pour ce génie, mon Suzerain, qui représentait encore récemment l’étoile du Conflans, mais qui connaissait maintenant le début, l'annoncement d'une chute aussi forte que l’ascension dont lui et toute sa famille avaient été les principaux protagonistes. Sans doute les mêmes pensées et interrogations qui voguaient dans ma tête vadrouillaient à travers celles des lords : des regards glissants vers sa direction, des hochements de tête négatifs, des soupirs résolus, comme ceux que le mestre lâche devant le soldat blessé à mort, emplissaient la salle. Je vois à son visage que la colère est à deux doigts d’exploser en lui…

Tout bascule lorsque, prenant une coupe pour la porter à ses lèvres, la main du maître de Vivesaigues le trahit, et le vin se renverse sur ses cuisses. Tous les regards convergent vers lui, Brynden Tully, l’ancien prodige maintenant tremblant comme un vieillard, paralysé devant tous ceux qui sont ses vassaux et qui le prennent désormais en pitié. Alors, Walder Rivefort , passant devant son frère Harwyn, essaie d’un geste plein de précipitation de tendre une serviette à son suzerain. Celui-ci lui envoie valser d’un revers violent la serviette et la main de Walder, qui gémit sous la douleur et la surprise de cette réaction. Le silence se transforme subitement en une gêne presque sans bruit, une absence de son remplie de mouvement. Puis, les commentaires, à voix basse, tandis que le suzerain du Conflans reçoit tant de regards appitoyés. Arthur Lefford fait le geste de se lever, ainsi qu’Aegor Bracken, l’un rouge de colère, l’autre le visage défait par la surprise.

« Taisez-vous !!! »

Brynden coupe à l’agitation lorsque sa voix enrouée perce les murs du château, replongeant la salle entière dans un silence de mort. Le lord, les yeux cernés comme s’il était maquillé, rouge de rage, se lève brusquement. Des perles de bave et de larmes pointent sur la commissure de ses lèvres et de ses paupières, et il est secoué de spasmes minuscules, qui le rendent terrifiants. Les hommes de garde, moi compris ; sommes paralysés. Je regarde Lionnel, dont la gueule réputée immuable s’est pourtant décomposée devant ce spectacle inédit, cette déchéance totale. Il n’est pas au bout de ses surprises : alors que Walder Rivefort, se levant, s’apprête à ouvrir la bouche, Bry nden le coupe d’une voix sépulcrale.

« J’ai dit taisez vous, tous. Toi y compris.

Se détachant du Rivefort accablé, il scrute longuement chacun de ceux qui le dévisagent.

« Pour qui vous prenez vous –reprend-il d’une colère sourde, pour me regarder ainsi de haut ??!! Je n’ai pas besoin de votre pitié ni même de votre attention, je suis Brynden Tully, Suzerain du Conflans et chevalier dragon !!! »

« Reprenez vous, mon neveu. Il n'est nulle raison de s'emporter ainsi. Votre émotion est naturelle, mais personne ici ne saurait vous prendre de haut» affirme Valarr, d’une voix qui cherchait à se vouloir autoritaire, mais d’où perçait surtout une inquiétude grandissante.

« Mes émotions? » reprend Brynden, dont l’énervement ne semblait qu’empirer, malgré les tentatives de Lyman Tully et Harwyn Rivefort de le calmer.

« S’il est un comportement qu’il faut ici condamner, ce n’est sans doute pas le mien. Qui ici ne s’est pas montré indigne de la confiance que j’avais plaçé en lui ? Vous, bâtard de Bracken, et vos manigances pour manipuler un siège que je vous ai offert?? Vous, Whent, et vos ivrogneries et fourberies journalières que ne font que salir le nom du Conflans. Et que dire de vous, Frey, aussi bête et avide de pouvoir que vieux ??? Et tous les autres, pouvez vous appeler dignes vassaux du Conflans ? Je vais vous le dire : absolument pas… Vous ne méritez même pas que j’énumère vos blasons repoussants qui ne sont que des parures imbéciles face à mon banneret. Le Conflans est mon fief de droit, et pas le lieu de vos glorieuses chevauchées ! Vous ne me prendrez rien ! »

L’insulte est énorme. Seul les Tully et les quelques lords de la couronne manifestent davantage de surprise que de colère : tous protestent, bientôt plus personne n’est assis, sang Tully compris : Lefford contourne les tables pour aller vers le suzerain, Harwyn retient froidement ses frères, leur visage rongé par une colère sourde, et plusieurs des invités doivent retenir Manfreid Whent, qui rigole autant qu'il s'empourpre, le vin dans la cervelle. Aegor Bracken et Walder Frey fixent, le front haut et le regard sombre, celui continue à cracher des insultes à l’ensemble de ses vassaux. Le premier, rappelé à sa bâtardise, le second, qui a chevauché aux côtés du mythique Harwyn. Valarr, à l’autre bout, crie pour raisonner le seigneur devenu fou, mais celui-ci n’entend rien, il repousse sa sœur, vomit une nouvelles fois ses insultes sur la foule colérique. Impossible pour nous d’interpeller quiconque, et aucun lord ne semble penser à nous donner des ordres sur une quelconque marche à suivre. La crise est totale. Aucun titre, aucune autorité, ne peut s'opposer à la fierté des Riverains. Surplombant chacune des têtes, le Suzerain continue à délirer :

« Je suis le descendant d’Harwyn le Magnifique, mais vous, vous n’êtes dignes de rien. Pas même toi, Valarr, tu ne mérites pas la babiole que tu as sur ta tête et devant laquelle tous se ploient !! J’ai dominé chacun de mes adversaires, je suis invaincu au combat, je pourrais tous vous réduire en cendres si je le voulais. Ployez tous le genou devant moi une seconde fois, c’est la seule place que vous mérit… »
Sa voix reste bloquée au fond de sa gorge, en même temps qu’il se plie en deux pour s’agripper le corps, torturé par les effets douloureux de la grisécaille, une toux déchirante brisant son élan injurieux. C’est à cet instant où la panique est totale, où tout peut arriver, qu’Edwin Rivefort, fait retentir sa voix posée et moqueuse dans les oreilles de tous les convives présents.

« Ployer le genou devant quelqu’un dont le sien est plus aéré qu’un fromage laissé aux mites ? Non merci, je ne veux plus d’un suzerain lépreux.  Vous n'êtes pas digne d'Harwyn.»

Brynden, toujours recroquevillé tourne violemment la tête vers son vassal, en même temps que ses camarades lui font signe de se taire. Un œil rouge sanguin brille. La blague est plus violente que tous les cris et insultes poussés jusqu’alors. Un bref instant, j’aperçois un spasme secouer le visage de celui qui est mon plus haut supérieur, avant que sa silhouette arc-boutée ne s’élance sur la table. En deux pas, il est devant Edwyn. D’un mouvement hasardeux qui lui arrache un cri sourd, il porte un violent coup d’estoc à son offenseur. Celui-ci, comme trop stupéfait parla réaction du lord, ne réagit que trop tard. Emporté par l’élan de sa frappe, Brynden roule avec Edwyn et ses frères qui tentaient de le protéger. Ils se relèvent d’un bond, sauf Edwyn : une plaie béante lui couvre la moitié du cou, une flaque poisseuse en sort et recouvre le sol, tandis que son corps entier est secoué de spasmes.

Walder hurle à la mort, et dégaine à son tour son épée devant le suzerain encore secoué. Lyman, plus prompt à réagir, lui décoche une frappe du pommeau magistral, dégainant du même coup, et Walder Rivefort reçoit son
deuxième coup de la journée en pleine face, avant de tomber à la renverse. Le bruit des lames glissant hors du fourreau résonne, et plusieurs silhouettes menaçantes s’avancent vers le suzerain, qui semble tordu en deux entre la stupeur et la colère. Lyman leur bloque le chemin avec un air froid, soutenu immédiatement par deux épées-liges à la mine sombre, et un Robert Teague qui se mord la lèvre inférieure. Piper, Vance, tous prêt à en découdres. Nerbosc, dégainant , face à un Mallister et deux Lychester, mais interrompu par Lianne Tully, cherchant à sauver la situation. Arthur Lefford, aux prises avec le géant Whent, essayant de le maîtriser par le cou avec deux ou trois autres gars, je vois les deux lames s’entrechoquer brièvement, et chacun des deux guerriers armer leur prochain coup, lorsque la voix Valarr retentit à nouveau, cette fois-ci plus ferme et autoritaire que jamais :

« ASSEZ, clama le Protecteur des Sept Couronnes. ASSEZ, AU NOM DE VOTRE ROI ! Que je vois encore un coup porté, et c'est de Feunoyr dont vous gouterez le fer. »

Plusieurs protestations s’ensuivent, avant qu’ Harwyn Rivefort ne surenchère :

« Ecoutez votre Roi. Que personne n’aggrave cette affaire et rengaine son épée. »

Il avait prononcé ces paroles les mâchoires serrées, le dos tourné à l’assassin de son frère, sur qui Walder et Tytos portaient son regard injecté de sang. Le pauvre Edwyn hoquetait encore légèrement dans une mare de sang, et rendait à son frère son regard endeuillé, sans pouvoir réussir à dire quoi que ce soit : de sa bouche gorgée de sang ne sortent que des gargouillements. Après un temps, alors que la tension retombe subtilement, Harwyn reprend :

« Justice sera rendue. »

Celui à qui sont adressés ces derniers mots, Brynden Tully, remonte les escaliers de la grande salle, d'un pas fuyant.

« Revenez lord Tully, c’est votre Roi qui vous l’ordonne. »

Brynden ne répond pas, et, l’épée encore chaude du sang d’Edwyn, il s’échappe par la première porte qu’il peut atteindre. Une agitation reprend la foule : la tension est toujours là, je le sens. Repoussé par Manfreid Whent, je regarde aux alentours : le roi donne ses consignes, les gens du Conflans sont consternés ou ravagés par la colère, et les amis et proches d’Edwyn entourent son corps. La Main du Roi elle-même est agenouillée devant le corps inerte de son parent. Pourtant, je remarque qu’un seul des convives est absent, alors qu’il devrait être aux côtés de son frère Harwyn . Walder n’est plus là, et en observant l’endroit où il avait chuté, je remarque que le sang de son frère avait empreint ses pieds, et les traces, fines mais visibles, conduisent à une porte entrebâillée.

Les conciliateurs, les coléreux, les hommes du sang comme du serment tous également consternés et humiliés, tandis que, dans un concert de murmures et de larmes, le Conflans s'ébrèche et se brise.
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