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 GoT V1 : Les aventures de vingt bons soldats

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Maitre Chêne
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MessageSujet: GoT V1 : Les aventures de vingt bons soldats   Sam 9 Sep - 14:06

Cette petite suite de textes humoristiques présente les aventures des "twenty good mens", la troupe d'Edmure Rivers, chargé de diverses bases besognes du Clan Tully. Mi-chronique mi-comique, ces quelques chapitres ont pour objectif de porter un regard teinté d'humour sur les événements marquants de la V1 du jeu GoT.

Chapitre 1, retour à Port Réal






Le camp de garde empestait d’une odeur doucement chiante quand je poussais le rideau pour entrer, suivi de Fureteuse et de Carreau. Si le soudard lysien qui servait de sentinelle trouilla un peu quand il vit les deux arbalétriers sans enseigne, l’entrée juste après d’un chevalier de la garde grise apaisât ses chausses d’une fuite d’eau inutile ; les couillons et leurs manteaux avaient souvent cet effet. Du coup, on avait un peu l’air de sbire, avec nos sales gueules, nos braies mal lacées et nos armures rouillées. Mais faut pas s’y tromper, c’était pas qu’on l’escortait ou même qu’il nous guidait ; c’était juste notre putain de passe-partout. Dans cette ville puante, avoir un insigne de la Main du Roi ça vous suffisait à foutre les pétoches à n’importe quel bouseux, à tel point que ça devenait plus sur d’avoir un de ces chevaliers ratés qu’une escorte complète de manteaux d’or avec vous. Et puis, pour tout dire, y’a guère que Jacasse qu’était familier de Port Réal dans la bande, et lui on va pas non plus se le taper toute la journée. Pour le reste, s’agissait juste de retrouver Croqueur avant qu’il ne nous foute un barouf pas possible. Pas qu’il soit le sergent le mieux foutu de la bande, ni le plus essentiel, mais bon, il avait l’alcool mauvais, et mieux valait s’éviter une entorse à recoudre des morceaux de badaud si quelqu’un avait la mauvaise idée de le réveiller pour lui faire payer une note probablement très salée. Il avait ses moments d’absences, des putains de gros trous, même ; mais quand il s’agissait de débourser sa cuivraille, même un béquillard professionnel pourrait pas lui faire régurgiter le souvenir d’une quelconque dette.

Le problème, c’est que ce couillon était allé finir son coup au milieu du camp des Braaviens en stationnement. Alors nous, quand on l’a su, on a fait profil bas ; mais bon, quand Magret a vu toute une escouade de manteaux d’or qui sortaient de leur jargotte de Culpucier pour se précipiter avec leur lieutenant vers la Gadoue, il nous a tiré les vers du nez, même si ça avait rien à voir, et avec sa touche d’humour à lui, a décidé qu’on serait les plus à même d’aller tirer l’idiot de son pétrin.

Alors nous voilà au milieu d’une troupe miteuse d’épées à louer, de tueurs reconvertis, de brigands en puissance, et au milieu de ça, qui sait, peut être quelques honnêtes Braaviens dans la garde du banquier. Car oui, je ne parle pas de notre troupe à nous, pour une fois, mais bien de celle d’un éminent compte-piécettes de Braavos qui s’invitait au tournoi de la Main du Roi pour régaler notre aimable suzerain de quelques lamentations quant au retour des dettes de la Couronne. Va savoir pourquoi il était entouré d'une pareille troupes de tranche-montagnes. Ce serait en tout cas assez mal vu si notre copain leur cassait les dents.

On fonçât en ligne droite sur la tente du banquier en question, bousculant un ou deux des hommes d’armes Tully affichés à sa garde et en s’attirant les regards interloqués des marins de la Banque de Fer. Écarter les troufions n’était pas trop dur avec notre copain et son joli manteau ; le gars en question, lui, se pavanait l’air bravache, comme tous ses copains de la garde, mais nous, on était pas dupe. Une assemblée de chevaliers-truands, d’écuyers pauvrets et de francs coureurs en quête de minette ; voilà ce qui avait formé, il y a quelques mois, les premiers effectifs de la Garde Grise. Rien de bien rafraîchissant pour des égorgeurs de première comme nous, mais les voir faire les fiers, c’était comique trois fois et soûlant à la quatrième. En parlant de soûler, l’ouverture de la tente n’eut rien de bien étonnant, de ce côté.

Notre gars, petit, harnaché dans son baudrier qu’il avait probablement pas réussi à enlever, ses cheveux châtains courts salis par quelques traces de boues, de nourriture mâchée et sanglé autant par l’étrange mixture que par un alcool douteux, les yeux burinés, et du vomi dans son casque posé à ses pieds.

- Miracle, il est debout ! m’exclamais je, avec la satisfaction étrange d’entrevoir son air moribond.
Ce fut le banquier qui nous éclaira sur l’insoupçonnée capacité du nabot à se tenir droit ; « On lui a mit la tête dans l’eau et on lui a fait boire une décoction qu’un de vos amis nous a conseillé ».

- Vos ami ?

- Un dénommé Prêteur. Vieil homme, sympathique, qui se présenta comme votre médecin attitré.

L’air désolé que je lui présentait dut lui faire comprendre qu’il y avait anguille sous roche ; et ceci expliquait pour le moins la tronche que tirait le sergent. J’ignorais ce que le « médecin » de la troupe lui avait fait boire, mais ça ne devait pas avoir bon goût, compte tenu de l’amitié douteuse entre ces deux là. Quand la tente s’ouvrit une seconde fois pour laisser passer un vieil homme, avec un reste de carrure militaire et un pourpoint vert et or, simple mais beau, l’expression de pure haine que nous afficha Croqueur me laissa pantois ; heureusement, Carreau réagit à temps et intercepta l’officier qui se jeta sur le médecin de camp avec un hurlement ; « Du foie de morue au vinaigre, fils de truie, du foie de morue au vinaigre qu’il m’a fait boire ! ». Esquivant un casque plein d’un vomi dont on comprenait mieux l’origine, le vieil homme laissa entrapercevoir l’air amusé qu’il nous décernait.

- Vous étiez tout seul avec lui quand il a prit sa cuite ? lui demandais-je.

- Oh, non, Taquin, Epingle et Charbon étaient avec nous. Mais après qu’il les ait lessivé aux cartes, il a trop bu, est tombé raide, et ils ont décidé de relancer avec ses économies. Quand il s’est réveillé, il a pas apprécié, et ils lui ont foutu une telle taloche sur le crâne qu’il est retombé raide.

Probablement que c’était le troisième du lot qui lui avait mit son compte, pensais je ; grand (et fort) de huit pieds, il vous brisait une nuque d’un air ennuyé quand l’envie lui en prenait. Ses cheveux noirs, longs, sa voix pointue et son air endimanché en faisait un compagnon de beuverie agréable, et un garde-chiourme des plus utiles quand quelqu'un forçait sur le bouchon. Malgré sa taille, Croqueur encaissait très bien, et il rendait les coups au double. Sobre, il ne manquait pas de technique ; il avait du prendre une cuite sévère pour se retrouver dans un état pareil, car même Charbon avait du mal à l’assommer ; et pourtant, avec ses grandes paluches, il vous aplatissait au sol en deux mouvements.

- Bon, on se tire, on avisera ensuite.  

La phrase plut visiblement au banquier, plutôt pressé de voir partir ces visiteurs impromptus ; Croqueur, de son côté, semblait s’être calmé. Orageois ou pas, c’était plus dans sa spontanéité et sa rancune qu’on lui reconnaissait le trait propre aux gens de sa région ; les taquineries entre lui et Prêteur pouvaient s’appesantir sur des semaines avant une revanche bien placée. Ce n’était que parti remise, donc.

Carreau nous attendait à la sortie du camp, visiblement plutôt content, lui qui affichait d’habitude une sorte d’expression incompréhensible définissant à elle seule son personnage. Il avait troqué son arbalète pour un drôle de joujou qui ne semblait pas purement myrien, mais en avait le niveau de raffinement.
- C’est quoi, ça ?
- Un cho-ku-no.


Dernière édition par Maitre Chêne le Sam 9 Sep - 16:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: GoT V1 : Les aventures de vingt bons soldats   Sam 9 Sep - 16:44

Chapitre 1, seconde partie



Notre route nous mena jusqu’à la porte de la gadoue, ou régnait une drôle d’agitation. Fendant la foule de notre précieuse escorte ; Jean Michel le garde gris ; on entraperçut, de l’autre côté, un cordon de manteaux dorés qui semblaient occupés à maintenir la foule au plus loin. Les jouxtant, deux ou trois spadassins et un homme courtaud habillé d’une riche cape grise contemplaient quelque chose invisible à notre vue, caché par la muraille entre nous, probablement en haut de la Porte. Franchissant l’endroit susnommé, le manteau gris ouvrit la marche et s’avança jusqu’à l’homme en question, et lâcha un ridicule « Au nom de la Main du Roi, que se passe t-il ? ». Son expression de fierté débile se mua, sans équivoque, en de la honte absolue quand se retourna Jonos Tully, qui le dévisagea de son visage de pierre. Un rire gras s’échappa du Croqueur et j’esquissais un petit sourire. Ignorant totalement son interlocuteur premier, le puiné de Vivesaigue s’adressa à moi :

- Merle, c’est cela ? Êtes vous ici sur ordre de mon neveu ?

Grognant mentalement à entendre mon vrai prénom en lieu et place de mon dénominatif quotidien, j’adoptais ma posture la plus courtoise, qui tranchait trop grotesquement avec ma tenue bigarrée pour qu’on y croit.

- Non, Messire. Edmure est occupé par des affaires urgentes, et notre troupe se trouve pour ainsi dire sur le repos pour le temps de son voyage à Port Réal.

Je lus dans la lueur malicieuse de l’intriguant qu’il allait me sous-traiter je ne sais quelle affaire putride et regrettais instantanément de ne pas avoir inventé une faribole de mon cru ; conteur, j’étais, et menteur, je demeure.

- Bien. Vous êtes donc disponible pour une menue tâche mobilisant votre connaissance du terrain, je suppose ?

Je déglutis. Trop tard pour tenter de le tromper ; j’acquiesçais d’un air servile.

- Parfait, en ce cas ! Je vous charge de vous appesantir sur ceci, dit il en désignant le haut de la poterne. Je me retournais vivement, un peu bêtement, et comprit qu’il regardait non pas la ronde de garde, mais bien le mur ; un homme y gisait, crucifié, les bras horriblement tordus par les clous qui y étaient plantés.

- Attendez, cette intrigue n’a aucun sens. Comment quelqu’un a t-il pu être tué ici même, sur une porte gardée à toute heure, à une hauteur bien trop improbable ? Et puis pourquoi vous interrogez pas simplement les habitants des maisons riveraines ? Je sais que c’est pas le moment pour un mea culpa du MJ, mais bordel c’est merdique comme intro, et puis….

- Si je dois repeindre le quatrième mur c’est avec ton sang.

- Ok on y va tout de suite.
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Maitre Chêne
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MessageSujet: Re: GoT V1 : Les aventures de vingt bons soldats   Sam 9 Sep - 17:29

Chapitre 1, partie 3

C’est donc ainsi qu’on se mit en quête des mystérieux assassins Feunoyr d’un pauvre homme d’arme Tyrell. La ville, bondée de soldat, ne devait pas manquer de troufions à massacrer ; mais ça, quand même, c’était du travail d’orfèvre, une réelle raffinerie dans le meurtre, un art de la décoration, quoiqu’un peu morbide. Quand même, on avait quelques documents ; Galbart Sombrelyn avait été aperçu en ville, une mystérieuse Guilde des Voleurs faisait son apogée, et notre croquemitaine avait frappé à plusieurs endroits à la fois. Peu probable, donc, que le gars soit seul ; on se décida donc à chercher du côté de la Guilde. Les Feunoyr étaient un peu trop surveillés et un peu trop en voie de disparition, selon nous. Et puis, la Guilde, elle est dans le quartier des tavernes...

On se dirigea donc vers Culpucier pour faire bonne mesure, prétextant intérieurement qu’il y avait plus de malandrins dans ce coin là, et la première gargote à vue fut prise pour cible par notre troupe assoiffée. La salle était grande, mal éclairée, un mélange diffus de crasse, de résidus d’alcool renversé et de poussière nous foulait au pied. S’asseyant au centre de la salle, on commanda quatre bière, et Croqueur s’absenta pour aller « chercher les trois corniauds » qu’il avait dit il laissé dans le coin, ce que Prêteur ne confirma pas. Probable que la cuite ne lui donnait pas envie de se gonfler de suite. Quelques bandes éparses de râcle-sol, des figurants pour bagarre de taverne et des marins en mal de terre se partageaient la place. Aussitôt assis, Fureteuse se mit à huiler son arbalète, et Carreau commença a astiquer son machin à lui. On lui fit remarquer qu’il pouvait poser l’arbalète avant, ce qu’il fit.

- Et comment elle fonctionne, du coup, l’arme que t’as trouvé dans le camp ?

- Je l’ai pas trouvé, je l’ai piquée à un mec qui ronflait. C’est comme une arbalète, sauf que ça peut tirer deux coups sans recharger.

- Ah, c’est un chu-ko-nu ! dit Prêteur.

- Nan, un cho-ku-no.

Je laissais la phrase en suspens, me fichant bien de connaître les détails dactylographiques de ce machin ; un petit groupe au fond semblait avoir attiré l’attention de Fureteuse. Si elle était assez disciplinée et qu’elle visait plutôt bien, se trimbaler cette fille dans l’équipe n’était pas toujours à mon gout ; elle avait une forme d’avarice assez poussive, du style "je t'arrache ta dent en or en plein repas pour un prétexte quelconque"  et elle s’arrangeait toujours pour piquer des trucs à quelqu’un. Elle se démmerdait ensuite pour transformer toutes les merdes qu’elle volait en liquidités, qu’elle transférait ensuite à Vivesaigue, bien en sécurité dans son coffre personnel. Une grippe-sous de première, qui ne lâchait jamais l’affaire quand il s’agissait de son fric, et lâchait très vite la détente quand il s’agissait de celui de quelqu’un d’autre.

Mais son zèle compensait les idées de merde de Carreau, qui, lui, avait d’excellents yeux pour tirer, et l'intelligence d'un cheval autiste sous méthamphétamine quand il s'agissait de dresser des plans. Sa notion carrée des chiffres compensait son incompréhension totale de la notion de temporalité, mais pas son impossibilité totale à différencier une troupe de dix hommes en armes et une bande de paysans ; ce qui avait déjà couté la vie à une demi douzaine de nos hommes. Et puis bon, j’aurais bien dit qu’un brin de féminité enjolivait un peu cette troupe de barbares, mais en terme de brutalité, elle foutait les pétoches même aux plus endurcis, et avait aussi peu de scrupules que Carreau avait de plans réussis. Le drille avait été officier à une époque, pour tout dire, mais ça n’a pas vraiment été super fructueux ; après une douzaine d’hommes et le triple en dragons d’or de perdus, on l’a remplacé par Croqueur, et l’humilité de l’arbalétrier, une de ses grandes qualités, l’avait maintenu dans la bande.

Et donc, sur cette envolée dactylographique, je retourne à notre sujet phare, celui qui nous donne l’occasion d’avoir quelques brises de présentation, un souffle de personnages, et surtout une turbulence scénaristique ; les quelques marauds qu’elle reluque, ils sont tout sauf friqués. Si elle n’en veut pas à leur attirail, c’est qu’il y a un truc louche dans l’air.

Je n’eut pas le temps d’approfondir ces réflexions ; la porte claqua, et une forme massive pénétra dans le petit bâtiment, suivi d’un Croqueur qui trottinait pour suivre le rythme. Charbon nous apostropha d’un « Mais qui’qu’c’est que l’pitaine qu’voilà ! Viens t’en qu’on s’boive’un pichet ! ». Il était ivre, ou bien était ce la une manifestation normale de son état ? Je ne saurais le dire, je ne l'avais jamais vu ivre avant. Les reluqueurs semblaient l’avoir bien en vue, et le fait qu’il ait prononcé mon grade n’aidait pas vraiment ; ils se mettaient sur le départ. Je réfléchis à toute vitesse. Les Feunoyr étaient des dissidents rodés, entrainés, qui luttaient dans la ville depuis plusieurs années. Ceux là, ils manquaient du tact élémentaire de tout bon maraud, à savoir passer pour un corniaud insignifiant. Il fallait les arrimer aussi sec, sans quoi ils allaient se faire la malle. J’attendais un instant en les regardant du coin de l’œil, et je compris que Fureteuse avait saisis la manœuvre. Ils commençaient à se diriger vers derrière le comptoir ; aussitôt, je compris que l’aubergiste était de leur bande, sinon de leurs amis ; j’allais les arrêter net, quand un élan d’affection sauvage m’étreignit les poumons au point de me les vider ; c’était ce cher Charbon qui me témoignait de son affection imbibée par une étreinte nommée « Câlin » qu’un catcheur professionnel aurait pu décorer de je ne sais quel titre bien plus seyant à la prise, genre, "Gorilla Arm Press" ou "Neckbuste".

Cela suffit à faire détaler d’angoisse et d’opportunisme les couillons ; plus que leur départ, je craignais une improvisation de Carreau au vu de ma situation rendant impossible tout ordre précis. Il me regarda dans les yeux, et j'y lu comme dans un livre : interprétation mauvaise des intentions de chaque camp, vision erronée des rapports de force, lecture incorrecte de mes intentions, intention irrecevable de leur décocher un putain de carreau dans la tronche, comme si, dans son esprit complexement benêt, il considérait cela comme un ordre direct de son supérieur, qu'il aurait lu dans mes yeux agonisants tandis qu'un dépendeur d'andouilles de deux cent kilos m'infligeait une étreinte mortelle qui faisait s'échapper mes derniers souffles de vie de mon corps brisé comme on aurait vidé une poche à urine avant de la jeter. Son nom, il le tenait pas que de son arbalète, mais aussi de ce qu’il en faisait.

Il tira et il les loupa. Pas trop bravache, les couillons pilèrent net et levèrent les mains. Deux ou trois semblaient se pisser dessus de trouille, mais un d’entre eux, suffisamment crétin ou maitre de soi, annonça qu’ils ne nous voulaient aucun mal et ne faisaient rien de suspect. Carreau leur répondit qu’ils avaient de la chance de ne nous vouloir aucun mal, sans quoi il aurait tiré dans la tête et pas dans le mur - on y croit. Un gars gloussa et fit une plaisanterie. Il gloussa à nouveau quand Carreau brandit son arme vers lui. « L’est pas chargé, ton ‘rbalète, t’as d’jà tiré ». Il enclencha un truc et tira sur un bidule ; une détente, et le débile gloussait à nouveau, mais cette fois avec une flèche dans la gorge, ce qui enrichit étrangement son rire d'un bruit métallique. Carreau commença à recharger son arme tandis que le gars s'étouffait dans son sang en grognant. Le bavard du premier coup reprit sans s’en soucier, alors que je reprenais mon souffle.

- On est pas des fouines-merdes, hein. On pensait juste que vous bossiez pour les Feunoyr ou pour un clan rival. Vous êtes des gars de la Main ?

Je grinçais que oui, et il me dit que ça semblait évident maintenant qu'on avait trucidé un de ses sbires.

- Bref, votre patron et le notre on comme qui dirait une alliance de circonstance.

- Comme ça vous arrange, d'un coup... Vous êtes pas aux ordres du couillon de Cendregué, vous ? Je doute très fortement que le Lord de Vivesaigue soit très copain avec un Biefois, mais ça expliquerait au moins votre changement de camp soudain.

- Plus maintenant. Cendregué a cherché à revoir son allégeance et ils l’ont foutu en procès. On n’est pas prêt d’entendre parler de lui à nouveau. Par contre, les Feunoyr, eux, on est pas vraiment copain-copain avec eux. Seulement, c’est pas toujours très prudent de traiter avec les mecs comme vous, donc…
Je jetais un regard au cadavre de son sous fifre.
… donc on s’était dit que dévisser des seconds couteaux aux ordres du bâtard serait un peu plus facile. D’autant plus qu’on vous a vu discutailler avec Jonos. Le marché est assez simple, vous nous foutez la paix et on vous file quelques noms et quelques adresses… ça vous va ?

On acquiesça, bien conscient que ce ressort impromptu de la situation était simplement là pour nous donner plus de largesses scénaristique afin de mettre en œuvre des événements un peu plus essentiel. Dans la liste des quelques noms donnés par Cape, notre désormais contact au sein de la Guilde, un détonnait plus que les autres ; outre quelques capitaines et des membres secondaire de la famille Velaryon, Galbart Sombrelyn logeait pépère dans une gargote de la Colline de Rhaenya. On trottina tranquillement après avoir grignoté un coup, pas trop inquiet de la suite.


La ville empestait d’une odeur soufreuse, reliquat de l’état de siège qu’elle avait connu dix mois plus tôt. Pour tout dire, la dernière fois qu’on avait foutu les pieds ici, on avait du castagner au travers de lignes de siège pour entrer, et ce même une fois à l’intérieur ; les Trois Ours avaient pour ainsi dire bâclé le travail en ouvrant en deux le gros des Feunoyr, car le reste s’était éparpillé en ville. Le problème était aujourd’hui un peu moins épineux, mais bon sang que c’était chiant ces opérations de traque. Fureteuse semblait s’en accommoder, Prêteur s’en fichait comme d’une guigne, et Carreau faisait ce qu’on lui demandait. Charbon et Croqueur trainaient des pieds, autant pour la cuite que pour l’ennui qu’ils tiraient d’être dans cette ville puante. On arriva finalement à l’auberge indiquée.
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Maitre Chêne
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MessageSujet: Re: GoT V1 : Les aventures de vingt bons soldats   Sam 9 Sep - 17:41

Pour une gargote, c’était de loin une des moins dégeu qu’on ait vu. Par là, j’entends pas qu’elle était tout à fait propre ; à Port Réal, y’a des traditions. Mais quand même, ça dépaysait un peu de tous ces expédients rollesques dans des caves miteuses. Seul souci, on n’arrivait pas seul, vu qu’en bas de la route, on voyait toute une escouade de gens d’armes Martell. Pour tout dire, dans l’affaire, Dorne et le Conflans connaissaient une certaine complicité dans leur opposition aux Feunoyr. Quand bien même, une rivalité de mesure s’affichait entre vainqueurs, et notamment au niveau de l’espionnage ; pour avoir son propre réseau, Harwyn avait pas fignolé dans les détails, et y’a quelques cadavres basanés qui ne répondaient pas des œuvres Feunoyr seules… Enfin en tout cas pas officiellement.

Pour ainsi dire, on ne s’attendait pas à la toute première amitié de la part des gars qui remontaient la rue. On ne comptait pas non plus filer doux, donc, pour faire bonne mesure, on est entré en bousculant un coup. La salle répondait bien à la devanture, et s’enorgueillait en plus d’avoir une terrasse intérieure. Pour une mission de capture, c’en était pas une dure. En inspectant vite fait la salle, pas de signe d’un seul des partisans mal gaulés de Vaella. C’était même carrément vide. L’aubergiste nous dévissa pas particulièrement méchamment, donc pour faire bonne mesure, j’envoyais Prêteur et Fureteuse à la porte arrière, nonobstobant toutes les bonnes manières. Carreau fermât la porte à clé, déclenchant l’inquiétude des clients, et renversa une table pour se foutre en sentinelle derrière. Je ne prit pas la peine de calmer les badauds, que j’entonnais d’une voix d’officier : « Galbart Sombrelyn, rends toi au nom de la Main du Roi ! ». Ce qui était probablement un mouchard décolla immédiatement de son siège à l’étage pour foncer vers les chambres, à l’arrière du bâtiment. Manque de bol pour lui, l’escalier d’entrée était en hauteur, et Fureteuse lui conféra un certain élan en lui fichant un tir dans les côtes.

Croqueur avec moi, on fonça ni une ni deux vers l’étage. L’introspection ne fut pas nécessaire ; une porte s’ouvrit à la volée devant nous au moment ou on arrivait en haut, et trois chevaliers mal équipés nous chargèrent. Mauvaise idée. Croqueur passa sous l’épée du premier, lui trancha les guiboles comme un poulet, et l’égorgea dès qu’il chuta ; le second lui donna un coup de bouclier, mais le sergent le sentit à peine, et lui arracha négligemment le bout de bois des mains, pour le frapper avec en gueulant des injures de charron. Je ferraillais vite fait le troisième, et en quatre coups, il avait un bout de métal dans les jarrets. En bas, un mec cherchait à se carapater par derrière, mais un bruit de lutte indiquait que nos deux sbires étaient pas d’accord.

On descendit les rejoindre, et c’était ficelé comme il fallait ; un gars assommé, avec le teint altier, les cheveux auburn, une armure avec blason blanc, et Charbon qui faisait le fier comme un chasseur posant avec sa proie. Je lâchais un petit compliment :  « Beau boulot, les troufions. Maintenant, on ramène ce petit couillon à… » La porte fit un drôle de bruit. Je rentrais à nouveau dans la salle principale pour voir Carreau courir vers moi et la porte qui jaillissait en éclat derrière. Des uniformes oranges avec le blason Martell ; des arcs, des épées et des dagues au clair ; les clients terrifiés un peu partout ; j’analysais, il fallait se barrer. « Galbart Sombrelyn, rends toi au nom de la Princesse de Dorne ! ». La vue de trois hommes en arme au milieu de la pièce sembla source de mésinterprétation pour les hommes Martell ; ils ont très certainement eu l'intuition pendant un infime instant qu'on était dans le mauvais camp ; intuition qui se transforma en certitude quand Carreau agraffa au mur la cervelle du premier mec a être entré d'un tir.

De mon côté, je pestais contre la célérité des hommes de main de la Maitresse des Chuchoteurs, et la bêtise profonde de mon sous fifre. Bêtement, une flèche vient faire chuter de manière ridicule un tabouret à trois pieds de nous. Je fus satisfait de me dire qu’au moins, nous n’étions pas les seuls à avoir des gars manquant de talent  ; mais voyant la demi douzaine d’hommes d’armes qui se pressaient derrière l'aventureux archer, on décampa à toute vitesse. Charbon prit sous le bras le prisonnier, et on se fit la malle par derrière. Dans la bâtisse, j’entendais des cris diffus « Il fuit par la fenêtre ! », « Ils fuient par derrière ! ». Allons bons. Quelques spadassins aventureux tentèrent de se jeter à notre poursuite. Mais la rue de derrière, sombre, puante et pas bien large, n’offrait pas vraiment l’avantage aux joueurs d’épée ; un, deux, puis trois hères vinrent se faire épingler la tronche d'un carreau par Fureteuse avant qu’ils ne se décident à attendre un peu avant d'entrer dans une ruelle visiblement si mal fréquentée.
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MessageSujet: Re: GoT V1 : Les aventures de vingt bons soldats   Sam 9 Sep - 17:56

Le retour au camp fut pour le moins glorieux. Essoufflés mais ragaillardis par un succès aussi rapide, on franchit la Porte du Roi en fin de soirée, après avoir semé les rares poursuivants lancés à notre poursuite ; pour la première fois, je regrettais quelque peu d’avoir abandonné le manteau gris dans la première taverne. Une fois arrivé, le crépuscule pointait. Tous les corniauds étaient au camp, sauf Taquin, Epingle et Surin. La petite troupe qu’on formait avait été reléguée au coin le plus sombre du camp des armées Tully présente sur place ; il fallait être discret. Mais on disposait d’un bon aloi, et c’était tranquille. Fugacement, Magret, l’adjudant de la troupe, se précipita vers nous. Son accueil fut presque amical ; peut être était il heureux de voir de retour les seules personnes à peu près normales de la troupe. C’est avec grand plaisir et triomphe que je lui présentais le prisonnier.

- On a choppé Galbart Sombrelyn dans une taverne miteuse du côté de la colline Rhaenys ; c’est les gars de la Guilde qui nous ont rencardés, et Jonos qui nous avait missionné. L’officier me dévisagea avec un drôle d’air, proche de la déférence.

- Et pourquoi vous l’avez ramené ici et pas au Donjon ?

- On a escarpés quelques soudards Martell qui avaient visiblement la même piste. Ils pensent probablement qu’on est du même cru que ce corniaud, mais le cadavre qu’on a laissés emballé leur mettront la puce à l’oreille.

- C’est réellement au dessus de vos facultés d’imagination de tirer dans la jambe plutôt que dans la tête ? Je ne sais pas à quel point vous êtes experts en anatomie, mais une des deux parties est autrement plus sensible que l’autre.

Sans prendre un air trop penaud, je lui rétorquais qu’il valait autant éviter de se faire gauler par les concurrents, et qu’au moins, ça nous évitait des coupures inutiles. Puis, je laissais une remarque homophobe déplacée ainsi qu'une remarque sur le fait que "le canard violet sur fond rose c'est un peux exagéré comme héraldique militaire" et cela acheva le débat.

Mon interlocuteur prit un air légèrement satisfait malgré ses jérémiades ; il aimait bien en rajouter un peu pour souligner sa subtilité à lui. On fit venir le prisonnier, et on se mit d’accord avec Magret pour repartir directement vers le Donjon Rouge plus ou moins incognito, présenter directement la prise au grand patron. Couvert sous un voile dans une charrette sur laquelle on fit monter Mariole et Fluet, deux piquiers de bonne gueule, avec moi qui conduisait – ma trogne inspirait rien, autant que je m’y colle – et Magret à cheval pour se pavaner en armure. Outre la discrétion de mise, ça nous évitait qu’on pose trop de question, l’adjudant étant en quelque sorte une petite pointure. La prise se débattit un peu sur le chemin, mais l’heure tardive fit son boulot, et on était très vite en vue du Donjon Rouge.

***

Le chemin fut court, mais chiant ; les deux porte-lance bavassèrent longuement de formes de gouvernement, d’esprit paysan et de catins aux yeux bridés. Non que Magret ne les eut pas rejoint avec plaisir, les deux seaux à caca étant parmi les seuls capable de monter une discussion qu’il estimait, mais il se sentit de son côté obligé de rabâcher avec ses sempiternelles plaintes quant à l’état des latrines, le stock de blé et les réserves en petite monnaie. Ces maths d’intendant n’étaient pas vraiment pour me plaire, et je lui décernais ma plus belle face de blasé ; mais cela ne sembla pas décourager le comptable, et je me demande si il ne le prit pas pour une tentative de séduction vu l’entrain qu’il mit ensuite à m’asséner ses conneries. Franchir le Donjon Rouge fut presque un soulagement. On grimpa les étages pour être reçu dans la Tour de la Main, avec le chevalier félon sur l’épaule comme un sac à patate. Il semblait avoir fait un sort à sa condition, et fort probable qu’il espérait qu’on soit là pour le rançonner.

Voir la trogne bien arrangée d’Edmure Rivers fut un réel soulagement quand on perçut l’air désolé – qui m’interloqua grandement – d’Epingle qui était avec lui. Epingle, c’était l’archer chef de la compagnie, et pour ma part, probablement le pire tireur que je connaisse. Il avait une habilité fantastique à toujours maximiser les résultats de ce qu’il entreprenait, que ce soit dans l’échec ou dans la réussite. On le voyait tantôt vous aligner quatre gars en armure de plate avec trois flèches, et d’autres fois rater une mule à cinq mètres - considérant que la mule est en fait Croqueur, je doute de toute façon que Epingle soit capable de faire la différence. Il disposait d’un certain esprit d’initiative et d’un ordre des priorités qui en faisait un sergent de qualité, mais il avait parfois des idées fustiges qui ressemblaient plus à un plan de Carreau que d’Harwyn Tully. Sa soif permanence d’action et d’éclat en faisait un soldat volontaire, mais aussi un requin de première, qui se jetait à l’eau dès qu’il sentait une goutte de sang, et une fois le Facteur Epingle appliqué, il avait tôt fait de rendre critique une situation qui était généreuse jusque là. Sa qualité essentielle en tant que sergent, c’était son talent diplomatique, que seul Magret pouvait proprement égaler quand il s’agissait de faire passer un plan puant pour une idée de génie ; en bref, pour disposer un étron puant sur un joli coussin doré.

Sans nous prêter plus attention, l’Epingle se retourna et continua à dévisser avec son interlocuteur à l’autre bout de la table. L’homme était grand, impressionnant, transpirant d’un charisme sauvage derrière un air un peu normal, un peu Tully ; cheveux mal soignés, cicatrices furtives, nez ferme mais solide, yeux pénétrants d’un analyste… Ce n’est qu’en entendant la servilité inhabituelle qui tentait la voix d’Epingle que je comprenais à qui j’avais à faire ; Harwyn Tully, Main du Roi des Sept Couronnes, Sire de Vivesaigue et baiseur de mamans.
«  On était simplement sur la trace de nos collègues quand les Martell sortaient de l’auberge. Un grand gars avec une hallebarde s’adressait à l’officier avec une sorte de supériorité tactice mais pas hiérarchique. Comme j’ai une tête de Dornien, ils n’ont pas fait attention quand je suis passé à côté, et je l’ai très clairement entendu dire "qu’ils avaient Galbart Sombrelyn". On n’a pas eu le temps de voir l’intérieur, mais après qu’on se soit éloigné, on les a vu déballer des cadavres. Probable qu’ils ont fait de même pour le gosse Velaryon… »

Une grande satisfaction s’empara de moi ; Magret, à ma droite, avait le regard qui passait d’Epingle à notre prisonnier, confus. Mais on avait le bon, nous, et les Martell s’en mordraient les doigts ! Nous accordant un peu d’attention, Edmure se tourna vers nous. Il parlait avec un ton bien plus posé qu’à l’ordinaire.

- Merle. Qui est ce que vous transportez ?

Mécaniquement, je répondais avec une sorte de satisfaction, ressortant laconiquement le discours que j’avais mâché avant de venir mais sans trop y croire : « C’est Galbart Sombrelyn, on l’a capturé dans une auberge sur indication de la guilde des voleurs, et on vous le livre. »

Je le désignais du doigt avec une fierté certaine, sachant avoir le bon glandu dans mon sac. Et ce faisant, je retirais le sac en question, lui enlevais son bâillon, et découvrait ce jeune idiot d’aristocrate, empaneillé dans son armure et son tabard, l’air hagard.

Harwyn, sans bouger un sourcil, les mains vissées à la table qui contenait, je le remarquais maintenant, un plan de la ville, me scruta du regard. Il me sonda, m’analysa, pénétra chacune de mes réflexions lisant en moi comme on lit l’affiche mensongère d’une cave à vin un peu trop de bon aloi, comme si j’étais une putain vendant un pucelage perdu il y a des années. Je me sentis petit, petit au possible devant un regard d’une telle intensité, d’une telle profondeur. Il passa son attention, imperceptiblement, au pauvre hère, qui semblait mal dégourdi et plongé dans une sorte d’incompréhension mutique. Il l’observa, et je lus dans ce regard, dans cette saloperie de regard, une acuité et une intelligence si perçante qu’elle pourrait te transformer une armure de plate en putain de passoire. Il ouvrit la bouche un dixième de seconde avant de prendre la parole, comme s’il se soignait la gorge pour sortir d’un ton clair, envoutant et apeurant à la fois, ces mots très simple, prononcés presque bêtement par un esprit pourtant si puissant :

- Lui, c’est Bernard Osgris.

- Ah.
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