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 Les Météores

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JacquottePorteplume

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Date d'inscription : 26/01/2018

MessageSujet: Les Météores   Mer 28 Fév - 20:37

RP de présentation de la famille Dayne - Tour 6



[Gulian Dayne]:
 

Gulian Dayne porta un regard plein d’admiration sur la merveille en sa possession, celle qui faisait depuis si longtemps la gloire de sa maison. Aube. Convoitée par beaucoup, mais jalousement gardée par ses soins. Gulian avait parfois envie d’admirer simplement sa splendeur, de se rappeler de tout le sang qu’elle avait fait couler et de s’emplir une fois encore de cette folie guerrière qu’on disait le caractériser. Il avait encore des décisions difficiles à prendre, et des rumeurs le poussait à croire qu’il devait rester sur ses gardes. Il ne devait pas fléchir, on attendait après lui, et il avait une réputation de cruel parmi les cruels, fou parmi les fous à tenir.

Soudain, la voix déterminée de Malvina, son héritière adorée, l’interpela :

- Père, il va être l’heure de commencer les audiences. Il y a foule dehors.

- En effet. Je m’imprégnais de l’âme des Dayne avant de brandir le fer devant tous nos sujets.

- Père, je dois vous adresser une requête.

- Non, Malvina, tu ne m’accompagneras pas aux audiences.

- Mais, père ! Si je vous dois succéder...

- Malvina.

Le père saisit brutalement le menton de la fille et rapprocha leurs fronts.
Mon avis ne changera pas. Je ne veux pas que tu voies ton père s’adonner à la tuerie et la barbarie.

- Il ne s’agit pas de barbarie ! Ces gens sont coupables !

- Peu m’importe. Ma fille, tu n’assisteras pas.

- J’assisterai !

-Non !

- Dans ce cas, j’insisterai !

- Grand bien m’en fasse !

Le père posa un baiser sonore sur le front de la fille, avant de lui serrer le bras, seuls signes d’affection qu’elle ait pu recevoir de lui depuis l’enfance. Elle s’en accommodait. Elle-même n’était pas friande de ce genre de frivolités.

Bien qu’il continuât de lui tenir tête, le père affectionnait le caractère rebel de sa fille aînée. En de nombreux points, elle tenait de lui : calculatrice, guerrière et sanguine, Gulian se disait parfois qu’elle aurait mieux fait de naître dans le corps d’un homme. Pas qu’il accordât plus de valeur à une âme masculine, mais il aurait aimé voir sa fille trancher des bras dans de prestigieux tournois. En dehors de Dorne cependant, c’était très mal vu.

Malvina Dayne avait certes hérité des traits guerriers de son père mais elle n’en restait pas moins bien plus maligne. Intelligence, analyse et finesse d’esprit faisaient d’elle un redoutable adversaire. Dotée d’une sympathie lui permettant de trouver facilement appui chez son interlocuteur, on la trouvait aimable et même, amusante. Le père n’était qu’admiration devant une si belle plante, qu’il aimait voir s’emporter dans l’euphorie du sang et de la chair.

Gulian abandonna sa fille pour recevoir les plaintes dans le grand Hall, où il y avait foule. Son entrée fit lever les murmures. On s’était habitués à le voir surgir l’épée au clair, d’une part parce qu’il mettait un point d’honneur à ne jamais se séparer de son trésor, d’autre part car il prenait un malin plaisir à exécuter lui-même les sanctions lourdes. En un mot, c’était lui qui condamnait à mort.

Il se plaça face à la foule. Chaque pas était calculé, chacune de ses paroles, préparée. Son maître d’arme et ami l’attendait déjà, debout et droit près du poste du Lord. Gulian le salua, avant de se tourner vers son mestre, qui noterait scrupuleusement chaque plainte. Il adressa enfin un salut à sa femme, postée tout près de lui, et qui assistait régulièrement aux instances.

Lord Dayne imposait par sa carrure, soignée par des années de combat rapproché et d’entraînement intensif. Sa force brute maniait Aube comme on manie un dure-dents, aussi était-ce le surnom qu’il lui avait affectueusement donné. Bien entendu, personne ne le saurait jamais, cela en aurait outré plus d’un. A l’assemblée des plaignants, il opposait sa prestance et une allure martiale que personne n’aurait pu lui dédaigner. Son goût prononcé pour le sang n’était pas qu’une légende : il aimait faire preuve d’une grande cruauté. Exécuter lui-même les condamnés à mort faisait partie d’une logique systématique pour imposer la terreur. On le craignait, et il aimait ça.

La cérémonie des plaintes débuta par les vols. On avait volé une vache, un tas de pommes, du foin, du pain. S’ensuivirent les batailles de terres, dont les délimitations faisaient toujours beaucoup de bruit et de désaccords. Le lord gérait tout cela avec ennui, déléguait régulièrement la tâche à son mestre puis appuyant ses propos. Ayant été mestre jadis, cette tâche lui avait longtemps été dévolue. Elle l’excédait à présent et il se réjouissait de pouvoir la déléguer. S’il était Lord, ça n’était pas pour s’occuper encore des petites affaires.

[Lyris Dayne]:
 

Sa femme, dans son dos, intervenait rarement. Pourtant, lorsqu’elle le faisait, ses propos étaient étayés d’exemples et faisaient toujours sens d’une manière particulièrement convaincante. Elle était reconnue par tous comme une femme très sage. Dans sa prime jeunesse, elle avait été belle, et aujourd'hui encore, son visage avait en ses traits tirés et striés des vestiges du temps une beauté souveraine. Très pieuse, elle avait souvent recours à la religion des Sept pour appuyer ses dires. On l’écoutait avec attention, ce qui ne l’empêchait pas pour autant d’aimer médire comme le font beaucoup de femmes en pêchant par ennui dans l’ombre de leur mari.

Lyris Dayne aimait profondément le sien. Résolue à être la bonne âme de cet être abrupte et cinglé, elle prenait son rôle très à coeur ; un rôle que son mari lui était bien gré d’endosser. Ainsi, Lyris se chargeait de percevoir l’impôt dû aux Dayne, de permettre ou non une grosse dépense, et s’occupait de toutes les relations extérieures dont son mari, antipathique, faisait échouer chaque tentative. Fidèle comme seules peuvent l’être les véritables épouses, Lyris aurait pu vouer un culte à Gulian si la religion des Sept n’avait pas déjà une si grande place en son coeur. Elle n’était objective en rien de ce qui touchait à son époux, et l’aurait défendu des mauvaises langues tout en sachant les rumeurs fondées.

Durant la cérémonie des plaintes, elle tentait d’adoucir le rôle fastidieux de Gulian et de mettre son intelligence et son charisme au service des Dayne. Ainsi, lorsque vinrent les affaires de moeurs, joua-t-elle un rôle crucial dans les débats.

Une femme entra en première, s’agenouilla et demanda au Lord d’exécuter son mari. Elle accusait celui-ci d’avoir enfanté une autre femme, puis de l’avoir tuée pour cacher son crime. Des témoins furent entendus, des preuves matérielles furent avancées. Quelqu’un avait même pensé à apporter l’arme du crime.

Lord Gulian Dayne demanda à ce que l’on amène le mari. Sans une once de pitié, dominé par ce courant de haine et de cruauté auquel il aimait s’adonner en des temps très précis, il dégaina Aube. L’homme coupable d’un meurtre odieux n’eut pas le temps de voir la lame s’abattre. Lyris s’était interposée.

- Point de sang aujourd'hui en nos lieux ! Mon homme, je vous implore d’écouter ma parole.

- Parle, Lyris Dayne.

- Cet homme est coupable de ce dont on l’accuse, les preuves sont formelles. Pourtant, le punir de mort serait trop facile.

- Les rumeurs grandirent. Autant s’était-on habitué à la cruauté sans fin de Gulian, autant la finesse et la sagesse de Lyris laissaient toujours sans voix. On l’écouta avec attention.

- Cet homme est coupable du péché d’adultère, et l’a alourdi en tuant de sang froid, perpétuant un second crime pour en cacher un premier.

Un frisson la parcourut. Elle était de constitution très faible, prendre part dans de tels débats lui demandait un engagement si grand qu’il avait souvent des répercussions graves sur sa santé physique. Pourtant, rien ne la grisait plus que l’illusion du pouvoir.

- Ses deux crimes sont passibles de mort, cependant nous ne pouvons pas le tuer deux fois. C’est pourquoi je propose que nous le prenions au château en tant que larron. Nous lui ferons faire les tâches les plus basses, humiliantes et sales qu’il soit au château, et je veillerai personnellement à ce qu’il regrette mille fois ses crimes.

Gulian émit un grognement digne d’une bête sauvage. Il était frustré. Sa femme posa sur son arme une main calme et posée, et captura ses yeux dans un échange rapide. Le lord plia. Il n’y aurait pas d’effusion de sang aujourd'hui.

On emmena l’homme, fers aux pieds. Sa femme fondit en larme, louant la piété du Lord et de sa femme, les remerciant de l’avoir guidée dans son égarement. Lyris s’appocha et posa une main douce sur la tête de la pauvre agenouillée.

- Remariez-vous et héritez de ses biens.

Ainsi fut louée une fois encore la sagesse de Lyris Dayne.


*


[Malvina Dayne]:
 

Malvina n’aimait pas que son père la mette à l’écart du pouvoir. Il avait la sale manie de la croire encore faible et cela lui courait sur les nerfs. N’importe lequel des soldats de son père louerait et soutiendrait l’invincibilité dont elle faisait la rumeur. Rares étaient ceux aux Météores qui la querellaient encore. D’ailleurs, depuis maintenant quelques années, elle était à leur tête et elle n’avait pas à s’en plaindre. La reconnaissance de son père s’exprimait souvent de manière impromptue et toujours à son avantage. Secondée d’Ynys, son petit frère, elle menait l’ost Dayne, toutes ses troupes régulières –ou ce qu’il en restait- d’une poigne de fer. Elle ne reculait jamais devant un duel avec un de ses soldats, affirmant son autorité d’un trait ou d’une entaille. Amusante, son visage somme toute commun se parait d’un sourire détendu lorsqu’elle soulignait habilement la grivoiserie d’une conversation triviale. Elle savait se faire aimer de ses hommes, lorsqu’Ynys savait en être respecté. Pour autant, ses jugements étaient rarement empreints d’une grande réflexion, car elle se laissait facilement emporter par ses sentiments. On la connaissait arbitraire et on la craignait pour cela.

Malvina tentait tant bien que mal de lutter contre son emportement lors des duels. Sanguine, elle devenait un monstre imprévisible lorsque le sang et le fer dansaient sous ses yeux. Elle-même perdait parfois tout contrôle, se laissant emporter par sa vivacité et sa violence. Elle devenait alors immaîtrisable.

Le seul à lui tenir encore tête était son père, armé de son fier cure-dent, qui aimait la défier régulièrement pour tâter un peu de son niveau. Il avait fait offrir à ses enfants dès leur plus jeune âge un enseignement martial de très grande qualité et aujourd’hui encore son fidèle maître d’armes suivait leur enseignement de près. La rumeur disait que le jour où la fille vaincrait le père en duel, celui-ci lui ferait porter Aube. Cela n’était pas du goût de tout le monde. Mais après tout, ça n’était qu’une bête rumeur.

Gulian, après s’être entraîné auprès de son héritière, se retira pour rencontrer son fils cadet Ynys. Il comptait s’entretenir seul à seul avec lui. Il poussa une tenture qui séparait le quartier des archers de celui où Ynys et Malvina coordonnaient les troupes. Il trouva son fils penché sur une carte grossière, les sourcils froncés. D’une tape dans l’omoplate, il salua l’homme qu’il était fier d’avoir élevé, et l’un des seuls en qui il mettait toute sa confiance. Ynys releva la tête vers Gulian et lui sourit.

[Ynys Dayne]:
 

- Quel bon vent vous amène, père ?

- Celui de l’Orage.

- Ah oui ?

- J’ai à te parler.

Ynys abandonna complètement ses travaux et donna toute son attention à son père, qui lui adressa un sourire complaisant.

- J’ai reçu un corbeau ce matin.

- Mauvaise nouvelle ? s’assombrit Ynys.

- Non, bien au contraire. Nelsor Dondarrion cherche à marier sa nièce. Je voudrais que tu prennes sa main.

- Voilà qui est très surprenant. Vous n’êtes pas sans oublier les liens Dondarrion avec Naerys, père.

- Je ne les oublie pas, au contraire. Cependant, des accords outre-Dorne m’ont poussé à réfléchir par deux fois aux anciennes querelles.

- Mon père ! Vous ne pouvez pas appeller ça d’anciennes querelles. Vos sujets attendent de vous un de ne pas bafouer la mémoire de nos ancêtres.

- Ynys, je ne demande pas ton avis. Ce mariage est un grand bonheur pour les Dayne. Dondarrion et moi-même souhaitons enterrer les vieilles querelles. La guerre civile a déjà fait trop de ravages.

- Je connais ce discours mon père, et il n’est pas de vous.

Le regard d’Ynys s’assombrit.

- C’est Mère qui vous a soufflé de telles idées ?

- Qu’importe d’où elles me viennent ! Les tensions sont encores puissantes, on ne peut plus les nier. Le seul moyen d’empêcher que Dorne redevienne une terre de combats fratricides, c’est de créer des alliances fortes. Les Dayne ont tout à gagner par temps de paix. Le commerce est prospère et nous n’avons pas à nous plaindre.

- Et pendant ce temps, nos épées rouillent, nos os pourissent ! L’attente n’est pas Dayne, père. Nous sommes une nation guerrière, la paix n’est pas notre monde.

- Elle devra l’être pourtant. Je compte prospérer. S’entre-tuer sans penser et dépenser sans compter, ça vaut pour hier, mais pas pour aujourd'hui. Regarde moi Ynys.

Gulian saisit violemment la nuque de son fils.

- Tel que tu me vois, je meurs d’envie de trancher des têtes. Mais le pouvoir, ça ne se fait pas toujours à grands coup de lame.

Ynys acquiesça, bien obligé d’admettre son tort. Gulian lui adressa un sourire entendu.

- Sanya te plaira.

- Comment est-elle ?

- C’est une grande beauté, instruite et sage. Elle me paraît parfaite pour toi.

- N’a-t-elle pas de prétendents ?

- Aucun qui ne soit au goût de son oncle, puisqu’elle t’est proposée.

- Si vous me la proposez, mon père, c’est que vous avez dû bien y réfléchir. Je vous suis obligé.

- Cela ne pouvait me faire plus de plaisir. J’organiserai les noces avec l’aide de ce bon Dondarrion.

Gulian quitta son fils sur ces paroles, content de son mariage, et tout dans l’expectative de ce qu’il apporterait à leurs maisons respectives. Absorbé dans cette idée, il alla trouver sa femme. Une domestique lui indiqua le jardin, où elle peignait en silence accompagnée de Lara, la petite dernière. Il interpela sa bien aimée femme :

- Ma belle Lyris.

- Arrête donc de me traiter de belle, je ne le suis plus depuis bien longtemps.

- Cela m’importe peu, tant que tu ne l’es que pour moi.

- Cela va sans dire.

- Me préparerais-tu un tout nouveau tableau de famille, Lyris ?

- Certainement.

- Mets-toi vite à la besogne, je le dois envoyer. Le plus tôt sera pour le mieux.

- Mais il me faut de nouvelles ocres.

- Je te les ferai apporter. Tâche aussi de penser à cette tenture que je t’ai demandée pour l’offrir à Dondarrion.

- J’y songe.

[Lara Dayne]:
 

Lyris sourit et se remit à sa tâche. Lara épiait son père derrière une masse de chevelure en bataille. Cette sauvageonne était toujours mise comme une souillon. Gulian jugea de son devoir de le lui repprocher, et cela lui attira le regard foudroyant de Lara. Gulian en rit de façade, mais s’en méfia en intérieur :

- C’est toi que l’on devrait envoyer dans l’orage, avec ces yeux qui lancent des éclairs !

Cela ne fit que redoubler la colère de Lara, que Gulian choisir d’ignorer. Il effleura négligemment des doigts le pommeau de Aube, tout en déclarant à sa fille :

- Un petit seigneur m’a prié de prendre sa fille sous mon aile, pour en faire une courtisane. Elle approche justement de ton âge, j’ai donc décidé de te l’assigner. Elle deviendra ta demoiselle de compagnie et sera, je l’espère, la première d’une longue série. Il est temps pour toi, ma fille, de vivre entourée et d’apprendre les rudiments de la Cour.

Lara fronça le nez. Elle se doutait que son père la faisait avant tout surveiller, loin d’être idiote et étant même reconnue pour sa perspicacité. Ce fut Lyris qui intervint.

- En voilà une bonne idée ! Lara, la bonne n’aura plus à te faire tes laçages. Tu es trop vieille à présent pour te faire seconder par la bonne. Cette jeune femme tombe à point nommé.

Lara abandonna l’idée d’une lutte. Son père était de ces hommes auxquels on ne résistait pas longtemps. Lâche, elle acquiesça et accorda à son père cette nouvelle mesure. Lyris en fut heureuse. Elle voyait en l’arrivée de cette courtisane un signe que sa fille, si peu aimée à la Cour, saurait enfin se départir de son aura d’enfant égoïste et félone. Après tout, il était temps pour elle, à 18 ans, de devenir une femme respectée.
Lyris avait beau être une femme très sage, son jugement était sans cesse altéré par une foi inébranlable et une fidélité sans faille. Ici encore, elle ne s’opposerait pas à Gulian, même si elle se doutait bien de ses véritables intentions. Elle vouait à son mari un grand amour, dattant de l’arrivée de Gulian aux Météores où ils s’étaient mariés sans arrangement de familles. Il régnait dans le couple une très grande confiance. L’un comblait les incapacités de l’autre.

Le mari s’était rapidement entiché pour la fidélité du trait de Lyris lorsqu’elle s’adonnait à la peinture. Elle avait d’ailleurs un don certain pour tous les ouvrages qu’elle entreprenait, et se retrouvait sollicitée par différentes familles pour apprendre les rudiments de certaines pratiques à leurs filles. Rien ne ravissait mieux Lyris qu’une oeuvre d’art. Pourtant, elle pouvait parfois être méprisante lorsqu’une oeuvre lui déplaisait ou lorsqu’elle tenait quelqu’un en basse estime.

[Harmen Dayne]:
 

- N’as-tu pas vu Harmen ? demande Gulian. Il ne s’est pas présenté devant moi depuis hier.

- Il était avec Ynys il y a de cela quelques heures, je le crois parti chercher querelle dans quelque village de paysans.

- En voilà des manières ! Ton fils ne sait pas se tenir.

- Il avait besoin d’un peu d’air. Entre toi et Malvina, le pauvre petit étouffe !

- Étouffe, étouffe… tu y vas un peu fort.

- Mon ami, donne-lui des responsabilités et nous le verrons s’épanouir à la Cour.

- Je ne le peux.

- Tu le pourrais certainement.

- Tu sais comme moi que tout ce qu’il entend repart avec le vent ! s’énerva Gulian.

- Certes, mais il apprend vite lorsqu’il s’agit de manier les armes. Tu le connais comme moi, avec sa volonté de te ressembler. On en fera un homme fier, mais tu dois veiller sur lui pour qu’il draine sa violence.

- J’ai d’autres préoccupations. Mon Maître d’arme s’occupe très bien de lui.

Gulian clôtura cette discussion sur une dernière phrase :

- Cependant, il est incommodant d’en parler devant Lara. Nous verrons cela en temps voulu.

Le Lord se retira.
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JacquottePorteplume

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MessageSujet: Re: Les Météores   Jeu 8 Mar - 10:41

La teigne et le Docteur
RP écrit en collaboration avec Tyrosh



-J’ai faim !

Une semaine qu’il était coincé là, près de la cheminée, au coin d’une fenêtre où défilait toujours le même paysage ennuyeux. Gulian se morfondait, et passait sa colère et sa frustration sur tous ceux qu’il côtoyait. Sa femme et ses enfants partis, il tyrannisait les serviteurs en bon lord infernal.

Melkyor avait connu des patients de toutes les espèces au cours de ses longues années d’exercice. Mais rarement de telles bourriques. Il traitait le Seigneur Dayne avec le respect dû à son rang, mais aussi la fermeté due à un patient.
Il avait dû esquiver différents gobelets et taloches les premiers temps et avait donc commencé par mélanger quelques traitements dans les repas du Seigneur Dayne. Mais après avoir entendu ce dernier maugréer qu’on cherchait à l’empoisonner il était vite revenu à des traitements plus traditionnels.

-Qu’on m’apporte un plat de verdure ou une garbure grasse, peu m’importe, mais qu’on fasse cesser le grondement de mes entrailles !

Ce fut une petite blonde qui apporta au seigneur sa ration de soupe. Grognon et d’humeur vil, Gulian la lui renversa sur les jupons d’un malencontreux geste perdu. La pauvre ébouillantée courut pleurer en cuisine, et le lord bienheureux en profita pour hurler son mécontentement.

Le docteur grinçait des dents de frustration. Il avait passé toute sa vie à étudier, à la Citadelle et à Tyrosh. Tous le reconnaissaient pour son savoir. Du moins tous ceux dont l’avis avait de la valeur. Pas comme cette brute qui se faisait appeler seigneur.

-Je veux de la viande, rouge, juteuse, plus rouge et juteuse que les joues de ces dames ! Que l’on m’apporte que quoi ripailler, nom d’un chien galeux ! Vous croyez que la fougue et la force vont reprendre possession de ma jambe, si vous me nourrissez comme on le fait d’un cheval ?!

Son rire éclatait en grosse voix, gestes violents et insultes grasses. Un matin, on avait eu la malheur de tenter de lui ôter Aube de son fourreau. Le pauvre vieux avait sauté de son lit, s’était tenu droit et, s’écroulant sous sa jambe brisée, avait manqué se casser l’autre. Le médecin l’avait vertement grondé, fâché de son comportement irresponsable, et avait tenté de lui faire entendre que d’après son âge et sous son poids, il était plus qu’idiot de faire le mariole. Suite à ça, Gulian avait fait l’enfant et avait refusé de voir ne serait-ce que la tête du médecin, et ce jusqu'au soir.

*

Melkyor découvrait avec étonnement les rayons de la bibliothèque de Gulian. Apparement, celui-ci aurait passé cinq années à la Citadelle. A se demander jusqu’où les Mestres baisseraient leurs standards. A moins que sous l’écorce d’un guerrier, Gulian ne cache un esprit plus vif qu’on pourrait le croire.

Il était connu aux Météores que Gulian n’avait pas bon caractère. Bourru, cruel, dès son plus jeune âge ses bêtises difficilement étouffables lui avaient valu le départ pour se faire mestre. Son père craignait que ses méfaits ne ternissent la réputation de la famille.

À bientôt 60 ans, Gulian s’était assagi. Il n’en restait pas moins un despote insupportable sur lequel une seule et unique personne savait prendre le pouvoir : Lyris. De douceur et de sagesse, la femme du Lord lui aurait fait affronter un dragon à mains nues. D’ailleurs, tandis que l’homme de la maisonnée était cloué au lit après s’être pris pour un jeune coq au dernier tournois, c’était la femme qui gérait. Lyris était partie avec sa délégation diplomatique. De leur côté, les enfants Dayne avaient eux aussi pris la poudre d’escampette. Lara se terrait dans le château pour ne pas subir les foudres paternelles. Sanya Dondarrion, nouvellement Dayne, avait accompagné son amie Malvina. Le château semblait vide, ou tout du moins, Gulian le remplissait-il à lui seul.

D’un grand cri, il appela une servante pour qu’on lui serve le vin. Tout en les traitant d’incapables, il décida de taper la discute avec son médecin, qui lui venait tout droit de la cour du très exquis Tyrosh des cités libres, et qui avait une éducation et un phrasé qui le ravissaient. Et puis bon, tout était mieux que la maudite pluie tombant derrière la foutue fenêtre.

-Vous m’avez l’air soucieux, mon bonhomme. Vous savez bien que c’est l’ennui qui me fait dire des choses que je ne pense pas. Je me sens plus coincé encore que le jour de mon mariage. Et c’est dire ! Parce qu’on m’a foutrement coincé le jour de ce mariage.

Devant le silence de l’homme de science, Gulian y mit de la conviction et du trémolo.

-C’est pas humain d’être immobilisé comme ça ! Un grand guerrier comme moi, un grand homme ! Et dieu seul sait si je retrouverai un parfaite mobilité. Je suis foutu en combat… non ! Ne faites pas cette tronche, Docteur, je ne remets pas en doute vos capacités. C’est juste que… j’me fais juste un peu vieux.

Las, il s’abandonna en arrière dans les coussins tissés.

-Dites moi plutôt, parlez moi de Tyrosh. Faites moi rêver, nom d’une pute borgne ! Faites moi sortir de ce trou à rats, même si ce n’est que pour quelques minutes !

*
Au bout de quelques semaines, le médecin du se rendre à l’évidence. Il se plaisait aux Météores. Ces dorniens avaient peut être la fierté et l’âpreté des montagnes, mais ils n’étaient pas dénués de spiritualité et d’esprit. Jamais aurait-il pensé en s’embarquant pour l’occident de Dorne découvrir de nouvelles utilisations de l’essence de sureau, ou de l’huile de rosée des champs.
Et puis, il fallait bien reconnaître qu’une fois la douleur traitée, le seigneur Dayne pouvait se montrer étonnamment plaisant.
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JacquottePorteplume

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MessageSujet: Sanya et Ynys Dayne   Mar 3 Avr - 16:22

Ynys s’évertua à fixer le plafond. Décidément, il était toujours plus compliqué de se concentrer en ces lieux. Il honnit en secret le mariage organisé par son père, pourtant ses lèvres s’étirèrent en un rictus partagé. Il n’aurait donc pas droit au repos ce soir.

–Ynys, lâche un peu tes croquis, veux-tu ? Mon frère ne m’a pas offerte à toi pour que je décore ta chambre de vieux garçon…

Il avait certes déjà 23 ans, ce qui faisait de lui un marié tardif, mais il ne se laisserait pas compter fleurette. Son père lui avait demandé son aide durant les troubles qui faisaient frissonner Dorne, il n’était pas temps de se distraire. D’un geste vague, il repoussa sa toute nouvelle femme et se replongea dans ses notes.

Celle ci, l’air boudeur, s’assit sur le rebord du lit où elle laissa aller son dos, entourant son beau visage de ses bras. Ynys retint un soupir. Malgré lui, il suivait tout son manège. Sa contrariété se battait avec son ravissement. Dès qu’elle lui avait été présentée, il avait su que durant les mois à venir, son esprit ne serait pas au travail. Il reposa son carnet et se releva sur son siège, fixant un regard tendre sur sa femme.

–Sanya, ne vois-tu pas que je suis concentré ? Je pensais t’avoir déjà accordé beaucoup de mon temps ce matin.

–Beaucoup ! Beaucoup ! C’est tout juste si tu as daigné poser tes lèvres sur les miennes en t’éveillant.

Il ne put s’empêcher de songer que cet air contrarié la mettait en valeur. Comment pouvait-il se concentrer, lorsque s’échouait entre ses draps une si sublime créature ? Ynys se décida à quitter son bureau, non sans un lourd remord. Il s’en mordrait les doigts le lendemain, lorsque son père voudrait connaître l’avancement de ses travaux. Pourtant, dans l’instant, rien n’importait plus que les bras de sa femme, ses bras tendres et doux dont il ne pouvait déjà plus se passer.

Il saisit fermement l’un de ses poignets et l’attira à lui, songeur. Maintenant qu’il avait cédé à l’ange démoniaque de ses nuits, comment allait-il envisager la suite des péripéties ? Il passa un bras possessif autour des hanches de sa belle et plongea un regard de damné sur la courbe de son cou. Gourmand, il y apposa le sceau de ses lèvres. Qu’il soit foudroyé s’il ne l’avait pas sentie frissonner.

Lorsqu’il avait accepté l’offre de son père, Ynys n’avait pas imaginé s’être lié à un tel présent des Sept. La jeune soeur de Nelsor Dondarrion avait tout de la femme idéale. Elle était certes gâtée d’une beauté incontestable, mais son esprit et sa personnalité n’avaient rien à envier à ses traits harmonieux. Elevée par un très bon précepteur et curieuse de nature, elle avait vite assemblé une culture saisissante. De plus, sa force de caractère et sa droiture faisaient d’elle une personne en qui placer une grande confiance.

Ynys tirait une fierté et un grand contentement de ce mariage. Il avait très vite apprécié Sanya qui, bien qu’elle ne puisse pas l’épauler dans ses recherches toujours plus poussées, savait le distraire et le ravire de sa sagesse.

–Regarde ce que ton père m’a donné !

Ynys redescendit de son nuage. Son père. Décidément, cette femme savait souffler le chaud et le froid sur commande !

–C’est une invitation à la Cour. Ton ami de Tyrosh organise un grand tournois de Cyvasse ! Ton père dit que ça devrait t’enchanter.

–Mais… Es-tu sûre que l’injonction vient de mon père ? Avec ce qu’il se trame ici, je ne sais pas si…

–Pour qui me prends-tu ? Evidemment que cette idée émane de lui. Il m’a donné le pli en main propre ce matin, lorsque tu étais sorti avec Malvina.

–Voilà qui m’étonne. Il disait pourtant avoir besoin de moi.

–Qui sait ? Peut-être a-t-il plus besoin de toi encore à la Cour…

Ynys se figea, non point rebuté à cette idée. Son père l’envoyait-il donc à la Cour ? Éprouvait-il une telle confiance en lui ? Il ne sut qu’en penser et s’assit sur le lit, la tête soudain remplie de questions. Cette responsabilité le rendait fier, très fier. Il avait l’habitude de vivre dans l’ombre de Malvina, destinée à diriger les Météores. Lui, n’était qu’un second choix. Que de telles charges lui soient confiées dénotait aussi de l’importance des prochains choix de son père. Tenu éloigné de ses plans, il se sentit moins peiné tout à coup. Il aurait un rôle à jouer dans l’avenir de Dorne.

Déçue de son soudain désintérêt, Sanya se colla au torse de son époux. Elle avait décidé qu’elle s’accaparerait son homme pour la soirée. Celui ci porta un regard doux sur elle, avant de la serrer dans ses bras.

–Tu vas partir encore ? Sans me dire où tu vas, comme la dernière fois ?

Sa voix était teintée de tristesse. Il comprit alors pourquoi elle était si pressante ce soir. Nul doute qu’elle redoutait de retomber dans l’ennui interminable de longues journées passées seule au château des Météores. Ynys sourit. Voir un peu de monde ne lui ferait pas de mal. Et puis, la rassurer sur ce qu’elle avait cru être une séparation imminente lui donnerait peut-être un peu plus d’espace pour travailler en paix.

–Cette fois-ci, tu m’accompagnes. La Cour se ravira de ta belle personne.

Il déposa un baiser sur ses lèvres et scella leurs regards l’un dans l’autre. C’avait été sûr, dès le premier instant. Tous les deux, c’était à la vie à la mort.
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JacquottePorteplume

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MessageSujet: Re: Les Météores   Mar 8 Mai - 18:15

Pendant ce temps aux Météores...

Malvina pénétra dans la cuisine d’un pas fier. Elle interpella Ella, la cuisinière qui avait aussi été sa nourrice il y a longtemps déjà. La pauvre vieille ne donnait plus de lait mais Malvina ne pouvait se résoudre à laisser son père la renvoyer. Celle-ci avait donc rejoint la batterie de cuisiniers qui peuplaient les Météores. Après tout, une ou deux mains de plus ne seraient pas de trop dans la préparation des festins que s’empifrait à chaque repas Gulian son père.

La vieille aux traits tirés de fatigue et au dos rond s’avança vers sa petite protégée d’un pas surprenamment rapide pour son âge. D’un oeil expert, elle la détailla du regard avant de hausser un sourcil, l’air satisfait.

-Sont-ce là tes nouvelles frusques ? C’est d’un féminin…

Malvina sourit. Toujours aussi acide, sa vieille conseillère. Mais toujours aussi tendre, dans ses moments d’égarement. Pourtant, cette fois, elle était venue chercher l’approbation et l’aplomb des années accumulées. Fièrement, elle sourit à la vieille femme en tablier :

-Mon père m’a fait forger dans le meilleur métal et par les meilleurs forgerons cette splendide armure. Il m’en a fait cadeau ce matin. Ne la trouves-tu pas d’un éclat admirable ?

-Sans conteste, elle luit d’un bel éclat.

-N’attire-t-elle pas bien des regards ?

-Certes, elle les attire.

-Et ne me donne-t-elle pas une prestance formidable ?

-Sans mentir, une prestance prodigieuse.

-Elle est d’une grande légèreté, bien plus légères que celles de mon père. Et puis, j’ai de la place pour loger la poitrine ! Je suis moins étouffée sans mes bandages.

-Tu as l’air très heureuse de ce présent.

-Je le suis ! J’ai conscience qu’il s’agit d’un grand cadeau, forgé par les meilleurs artisans tyroshi. Regarde ! Ils y ont mêlé de fins filets d’or et l’ont teinté aux couleurs des Météores. C’est une merveille d’artisanat.

-Je le vois, et je vois que ton père t’a fait un présent digne de toi. Mais tu sais, mon enfant, elle est peut-être très belle, cette armure, elle n’en reste pas moins une carapace dure qui cache ma tendre Malvina.

Le visage de l’héritière des Météores s’illumina d’un sourire chaleureux. Elle serra sa nourrice contre son coeur, gardé bien à l’abri sous son exosquelette. Sur son visage, elle apposa le heaume dans lequel on avait sculpté une réplique de son visage, tout de noir teinté. De la fente n’étaient visibles que ses yeux, dont les orbes violettes luisaient de malice. Ce masque lui donnait un air très dur, mais rajoutait à son allure.

Elle était belle, ainsi parée. Ses traits n’étaient pas d’une grande délicatesse, mais elle respirait la confiance en elle et la puissance physique. Cette armure noire, merveille de forgerons, était rehaussée de filets d’or teintés d’un violet qui rappelait ses yeux profonds. Elle mettait en valeur sa poitrine fournie, en lui laissant enfin un espace pour s’exprimer. L’équilibre entre le poids rassurant du métal et la puissance plus tape-à-l’oeil de l’or faisaient de cette armure un véritable bijou d’apparat.

-Père a dit que je la porterai bientôt, pour une occasion très spéciale. J’ignore quelle fameuse occasion a pu le pousser à dépenser une demie-dote dans une telle armure.

-Tant que ça ?

-Je ne me fie qu’à l’expertise de mes amie, mon père m’a tu son prix. Ce qui me rend encore plus anxieuse. Que va-t-il se passer, dis le moi Ella !

-Je ne sais rien, mais j’espère savoir bientôt.

Une voix se fit soudainement entendre dans leur dos :

-Hé bien moi pas. Et je serai très heureuse de n’être déjà plus là. L’orage qui arrive ne sera pas des plus reposants.

Malvina ôta son casque et darda Sanya de ses pupilles mauve. Son amie ne s’était pas montrée de la journée, occupée aux préparatifs de son départ avec Ynys.

-Malvina, puis-je te demander pour quelle raison je te trouve en armure d’apparat dans les cuisines du château ?

Celle-ci piqua un fard en réalisant à quel point son attitude était inappropriée. Sanya souriait, amusée. Elle piocha dans un panier de pommes et en croqua une, l’air rieur. Malvina lui raconta bien vite comment elle avait acquis cette merveille. Son amie, tout en croquant sa pomme, s’amusa de son trouble :

-Va donc la ranger, sans quoi tout le monde l’aura vue avant l’heure. Tu vas ruiner ton effet de surprise !

Les deux amies se sourirent et prirent la direction de la chambre, pour se débarrasser de tout cela. Elles abandonnèrent là la vieille Ella qui, des étoiles plein les yeux, ne pouvait détacher cette image grande et fière de sa petite Malvine de celle, sombre et pernicieuse, des combats violents que sa protégée aurait à endurer. Elle s’assit, les traits alourdis encore. Qu’il était difficile de voir les enfants grandir.

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JacquottePorteplume

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MessageSujet: Ynys et Sanya Dayne à Port Real   Dim 13 Mai - 0:22

Sanya poussa les portes de l’antiquaire que l’on lui avait conseillé, le sourire au lèvres. Passant devant un petit homme aigri, elle se hâta vers la bibliothèque de la boutique. Devant elle s’éleva alors, majestueux, le Savoir des Homme. Joviale, elle s’immisça entre les rayons de livres, pressée de découvrir ce que renfermaient les vieux ouvrages et parchemins entassés. Elle tomba rapidement sur d’énormes pièces de généalogie et d’archives, mais ne s’y intéressa guère. Il devait bien y avoir par ici de quoi apprendre quelque chose d’intéressant ! Elle intensifia ses fouilles, cherchant quelque chose de croustillant à se mettre sous la dent. Au bout de quelques dizaines de minutes, elle tint en ses mains un lourd relié traitant de la construction navale. Satisfaite, elle s’extirpa des rayonnages et de la bibliothèque en emportant l’ouvrage. Elle ne manquerait pas de se délecter de son contenu dépecé, examiné et finement ingéré. Souriante, elle confia le livre aux bons soins des deux soldats qui l’accompagnaient. Il n’y avait pas moyen qu’elle fasse un seul pas à Port Real ou dans le Donjon Rouge sans que deux des hommes de son beau-père ne l’escortent. Pour Ynys, c’était pire : ils étaient jusqu'à trois ou quatre armes des Météores à le suivre dans chacun de ses mouvements.

Sans attendre, la jeune Dondarrion s’engouffra à nouveau entre les pages couvertes de lignes. On lui avait promis des merveilles dans cette boutique de Port Real, cependant elle était loin de trouver tout son bonheur. Heureusement qu’elle avait emmené de la lecture dans son voyage, car elle ne trouverait certainement pas ici de quoi la rassasier. Elle réquisitionna l’aide de l’un des gros bras qui l’escortaient, un grand gaillard de la trentaine, des plus fidèles que l’on puisse faire. Sans rechigner, celui-ci se vit confier une pile de livres : traité sur l’esclavagisme en Westeros et Essos, multiples opuscules religieux, pages illustrées de la faune des deux Continents, large ouvrage prétendant enseigner les mathématiques et l’algèbre, multiples écrits à la langue châtiée, nombreux recueils de poèmes, incunables au prix élevé, mais aussi livres en nombreux dialectes d’Essos, du Nord, de tout Westeros que Sanya avait eu la chance d’apprendre dès l’enfance. Elle y ajouta sans hésiter des cartes approximatives qu’elle n’oublierait pas de faire préciser à un mestre, mais aussi des planches dessinées représentant les différentes modes de la cour en fonction des hivers. Satisfaite, elle paya grassement le marchand et quitta la boutique. Elle fit rapporter les livres au Donjon Rouge par un coursier, et décida de visiter encore quelques autres antiquaires. Peut-être trouverait-elle quelques perles rares ?

Quelques temps plus tard, fatiguée de ses affaires, Sanya se décida à regagner le Donjon afin d’y retrouver son mari. Toujours escortée de près, la jeune mariée rejoignit la suite où elle logeait avec son époux, heureuse de ses trouvailles. Attelé à son bureau, celui-ci était plongé dans l’un des nombreux livres que Sanya avait emmenés dans leur voyage depuis les Météores. Celui-ci traitait du travail de la terre et de la formation du grain.

Ynys semblait tant plongé dans son ouvrage qu’il n’entendit pas sa belle rentrer. Les sourcis froncés, il plissait ses yeux aux pupilles violacées. Sanya sourit en le couvant du regard. D’aucun dirait que son mari était bourru et n’avait aucune manière. Elle, le respectait plus que quiconque. Elle avait vu dès le début en lui l’âme d’un poète, doublée d’une intelligence aiguisée. Son père avait fait de lui un fin stratège, en soufflant sur les braises d’une vocation innée. Pourtant, le mestre avait négligé son éducation des manières : Ynys n’avait rien de l’hôte accueillant et de l’invité agréable. Il était doté de l’amabilité d’un bouc orageois et de la délicatesse d’un éléphant volantien. Pourtant, Sanya ne perdait pas espoir. Son mari ne plaisait ni ne se plaisait pas à la Cour, tandis qu’elle se sentait comme un forgeron aux Îles de fer. Elle espérait cependant qu’il saurait se plier aux usages : elle était sûre qu’il serait alors un redouable beau parleur.

Sanya était de ces femmes positives qui voient le meilleur en chacun. Elle était heureuse de se plier à la volonté de son beau-père et de tenter de socialiser son homme. Elle faisait de son mieux pour lui faire rencontrer d’autres lords et arrondissait les angles lorsque les discussions devenaient houleuses. Port Real était parfaite pour cela.

D’autre part, elle profitait de leurs heures perdues pour lui inculquer quelques notions élémentaires. Bientôt, Ynys prendrait son rôle de conseiller auprès de sa soeur. Malvina aurait besoin que son frère soit capable de prendre des fonctions importantes aux Météores. Pour cela, pas question de le laisser dans son ignorance des choses simples autour de lui.

Ynys leva les yeux vers Sanya et un sourire éclaira son visage. Il ne l’avait pas entendue. Celle-ci s’approcha et le questionna sur son livre, il s’empressa de lui répondre. Sa femme s’émerveillait toujours de la vitesse à laquelle Ynys apprenait. Il était fascinant, penché ainsi sur ses notes, soucieux de bien faire.

L’on frappa à la porte, Sanya accourut pour ouvrir. Un coursier leur tendit un rouleau de parchemin en baffouillant : “Un corbeau pour Ynys Dayne.” Intrigué, celui-ci quitta son bureau pour le récupérer. Il paya le jeune messager qui décampa et déroula le tout, entre inquiétude et expectative. Scellé par la marque des Dayne, Ynys n’eut aucun doute sur son expéditeur : son père avait besoin de lui. Sanya, en retrait, observa les sourcils aimés se froncer peu à peu. L’inquiétude vint bientôt lui nouer l’estomac. Ynys relut la lettre de son père puis la jeta au feu, sans afficher aucune émotion. Plongé dans ses pensées, il soupira avant de s’asseoir lourdement dans un fauteuil et de prendre sa tête entre ses mains. Cette fois, le coeur de Sanya ressentit l'oppression de sa cage thoracique. Inquiète, elle s’approcha de son mari et déposa une main délicate sur son épaule. Il leva les yeux vers elle et il lui vint durant un instant la pensée qu’elle était magnifique et qu’il ne méritait pas un tel présent des Sept. Cela lui arracha un sourire, qui ne dura qu’un instant :

-Prépare nos malles et préviens nos hommes. Nous partons pour Sombreval.
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MessageSujet: Entraînement de Malvina par Argan Swann   Lun 25 Juin - 0:47

-Relève toi !

Argan balança à son élève la longue perche qu’elle avait lâchée en chutant.

-Debout ! J’aurais déjà eu l’occasion de t’achever 15 fois le temps que tu bouges ton cul. Relève toi !

Malvina essuya une traînée de boue de sa joue gauche d’un revers du poignet. Vexée, elle se releva tant bien que mal et arracha des mains d’Argan la tige tendue. En quelques secondes, elle était à nouveau armée, en posture défensive. Le jeune Swann esquissa un sourire. Il parlait si peu, seulement pour ordonner un geste ou une passe, que lorsqu’il lui gueulait dessus, Malvina se sentait acculée.

Son maître et adversaire arma avant de bondir sur elle, usant de ses réflexes impressionnants pour prendre son élève de court. Le bâton faucha la jambe gauche de Malvina, qui s’écroula une fois de plus au sol.

-Debout ! hurla Argan Swann, sentant l’agacement poindre au bord de sa conscience.

L’héritière des Dayne mangeait la poussière depuis deux jours. Un mois entier qu’Argan l'entraînait, cependant c’était la première fois qu’ils passaient tant de temps sur un exercice. En se relevant, Malvina s’aida de la perche. Son corps mendiait la fin de la leçon, aux abois, tandis que le chevalier en face d’elle attendait des résultats probants pour lui laisser du répit. Hargneuse, la jeune fille se dressa sur ses jambes tremblantes et défia le regard farouche de son maître. Sans que celui-ci de s’y attende, elle plaça une feinte vers son flanc : il la para d’un simple mouvement du poignet. Dans les yeux d’Argan, Malvina lisait de la déception. Cela l’enrageait, la mettait hors d’elle. Elle refusait de voir encore ce sentiment dans les pupilles d’un homme, elle l’avait trop vu dans celles de son père.

Elle sentit ses jambes se dérober sous son poids après un coup placé à l’arrière des chevilles. Elle s’effondra tout en se faisant la réflexion qu’elle n’était en rien concentrée sur l’entraînement : ses pensées volages divaguaient au fil des mots qu’elle posait dessus. Décidant de réussir enfin cet exercice, elle se releva une énième fois sous les regards désapprobateurs que coulait Argan en son endroit. Muselant sa hargne, Malvina réussit à trouver un fond d’humilité dans son ire et s’arma une fois encore de son bâton, fin prête à en découdre. Elle toisa son maître, le regard dur, avant de s’élancer à nouveau dans le duel.

Il fallait bien lui reconnaître une qualité : Malvina n'abandonnait jamais. Assez agile pour parer quelques coups, elle ne résista cependant que quelques minutes à la violence redoublée des attaques d’Argan, pressé d’en finir. Une fois de plus, elle mangea la poussière.

Se relevant sur ses coudes, Malvina peinait à reprendre son souffle. Ses membres martyrisés criaient leur douleur sourde. Tout dans son langage corporel parlait d’épuisement.

-Abandonne !

Malvina releva la tête, le regard soudain enflammé. Il ne lui demandait quand même pas…

-Abandonne ! Avoue que tu n’es pas au niveau.

Un éclair de fureur traversa l’héritière des Météores de part en part. La haine pris soudain possession de ses gestes et sans réfléchir, elle bondit sur son adversaire, la vue étriquée par la rage. Son bâton ne laissa aucun répit au champion de Pierheaume, qui recula sous la fureur de ses attaques. Les coups pleuvaient, atteignant enfin le maître intouchable.

Pourtant, Argan ne se décrottait pas de son foutu sourire condescendant. Et tandis que la furie s’acharnait sur lui, il eut tout le loisir de voir venir le maître d’armes par derrière, lever son bout de bois bien haut et l’abattre sans ménagement sur le dos de la harpie. Il y eut un moment de vide. Les cris et les coups de Malvina s’arrêtèrent tandis qu’elle cessait de respirer, le souffle coupé par l’impact. Elle tourna des yeux fous vers son agresseur, tentant avec peine de trouver de l’air. Jamais leçon n’avait été aussi bien apprise.

La jeune femme s’effondra, venue à bout de sa réserve d’oxygène. Son arme abandonnée vola loin d’elle et, comme au ralenti, son corps heurta le sol de terre battue, lourdement. Des tâches noires envahissaient sa vue. Agacée, elle papillonna des paupières pour chasser ces importunes. Elle n’entendait plus un bruit. On aurait dit qu’elle avait perdu l’ouïe en un instant, sous le coup.

Elle ferma les yeux.

Lorsqu'elle les rouvrit un instant plus tard, elle aperçut Argan, un seau à la main, prêt à lui verser une part d’eau au visage. Elle se releva immédiatement en poussant un cri, pour éviter qu’on lui admonestre un tel traitement. L’eau resta dans le seau suspendu dans les airs et Argan, ne dénotant aucune émotion, l’envoya valser au loin.

D’un geste automatique, il tendit à son élève le bâton. Se remettant à peine de sa chute, Malvina le saisit et réintégra sa position de défense, docile.

C’était comme ça que fonctionnait Argan : il ne disait rien, il lui montrait par le corps ce que des heures de théorie n’auraient su enseigner. Malvina grogna. À ce rythme, elle aurait des ecchymoses sur tout le corps.

D’un coup d’oeil, elle prévint l’attaque surprise du maître d’armes des Dayne et l’esquiva juste à temps. On la lui faisait une fois, mais pas deux. Trois autres lascars de son père vinrent l’envahir, Argan se retira. Malvina souffla, soulagée et à la fois anxieuse : elle avait réussi l’exercice, elle passait enfin au suivant.

Maintenant, il s’agissait de tenir en respect 4 hommes entraînés d’une carrure bien plus robuste que la sienne. Sans réfléchir, parce qu’elle avait acquis cela dans la peau, elle dégaina son épée et commença à croiser le fer. La barre de bois passa dans son autre main et lui servit à parer les coups. De passe en passe, elle réussit à mettre à distance deux de ses ennemis. Elle voyait bien que leur objectif n’était pas de la tuer, Argan n’avait-il donc pas encore confiance en elle ?

Les deux autres tentèrent de la prendre à revers, mais elle s’était juré de ne plus jamais prendre un tel coup dans le dos. Elle fit volte-face à une vitesse qui surprit Argan, avant d’envoyer au tapis deux des hommes de main. Ne restait plus qu’un homme, secondé du maître d’armes.

La tactique changea. Le maître, connaissant bien son élève, lui intima d’attaquer de manière simultanée. Sans même avoir besoin de se concerter, les deux adversaires de Malvina formèrent un bloc solide, à l’offensive puissante. L’héritière des Météores encaissa le choc, non sans puiser dans le peu de forces qu’il lui restait. Argan observait sans rien dire, conscient de la fatigue de son élève. Si elle pensait que le champ de bataille lui laisserait l’occasion de se reposer, alors elle se trompait lourdement. Il lui apprendrait à résister à tout, plus que tout à l’épuisement que subissaient les hommes d’armes au front. Certes, il fallait qu’elle sache voir venir une attaque de dos, mais il faisait confiance aux réflexes de Malvina : son père l’avait très bien entraînée.

Ça avait été l’une des grandes surprises d’Argan, lorsqu’il était arrivé aux Météores, mandé par son père. Il avait évidemment entendu parler de l’insupportable Malvina, que le Lord des Météores traînait derrière lui à chaque tournois où il avait l’occasion de se rendre, lorsque ses blessures s’étaient estompées. Gulian avait la réputation de foncer tête baissée dans chacun de ses duels, ce qui lui valait de nombreux heurts. Cependant, celle qui se récoltait la réputation de teigne irréductible, ça n’était pas le père, mais la fille. Bientôt 30 ans, la fleur de l’âge, bâtie comme une rombière malgré sa petite taille, Malvina n’avait pas grand chose de gracieux en elle. Tout était force et bravoure, des valeurs qu’Argan trouvait masculines.

Gulian avait fait d’elle une créature impulsive dont le sang ne faisait qu’un tour lorsqu’elle subissait une offense. Bien qu’excellente épéiste, la jeune femme avait le regard obscurci, étréci par cette spontanéité excitée. En combat, cela lui avait souvent coûté cher. Gulian était persuadé qu’un bon maître saurait la pousser à se contrôler. Il avait donc fait appel au Lord Swann, dont la réputation des fils n’était plus à faire. Leur capacité à rafler régulièrement la mise des tournois dans tout Westeros avait poussé Gulian à faire affaire avec le Lord Swann. On disait qu’un Swann ferait tout pour quelques dragons d’or, le Lord des Météores en était bien aise. Pour une modique somme, il tenait l’occasion de parfaire une éducation qu’il culpabilisait de n’avoir pu réussir au meilleur point.

Malvina était en un sens l’oeuvre de sa vie, bien plus encore que ses projets et alliances politiques. Malvina, c’était son futur, son petit bijou précieux, qu’il avait façonné de ses mains. Après avoir poli et serti le joyau, il acceptait de laisser le soin à un autre de le monter sur la boucle en or et de le déposer dans un écrin de velours. Cet écrin, Gulian était en train de le façonner à la sueur de son front. Lorsqu’il s’éteindrait, lorsque la pierre abîmée mais luisante qu’il était cesserait d’être, il déposerait son bijou dans cet écrin velouté pour que, plus que jamais, chacun contemple son éclat. Si les Sept le laissaient faire, tel était son unique objectif. Léguer à sa fille les Météores n’était même pas dans ses objectifs, il voyait plus loin, plus grand. Il bâtirait pour elle un empire de cendres chaudes.

Argan avait été surpris de découvrir la force de ce lien paternel. Gulian veillait, derrière sa fenêtre, à l’exécution des exercices que le fils Swann préconisait. La fille n’était presque pas consciente des plans de son père. Cela n’avait pas échappé à l’oeil aiguisé d’Argan, qui s’était surpris à se prendre de sympathie pour la teigne. Souriante et agréable sous ses airs irritables, Malvina avait tout du bon camarade qu’il appréciait à ses côtés lorsqu’il s’éloignait de chez lui. Parfaire son maniement de l’épée et de l’arc n’avait plus rien d’une corvée, il s’amusait même à tester les limites de sa nouvelle élève. Il avait été surpris plusieurs fois par sa capacité d’adaptation et avait tenté de la mettre toujours plus en échec pour mesurer cette habileté. Après 2 mois à la côtoyer, il pensait avoir fait le tour de son élève, pourtant elle réussissait toujours à l’étonner. Malvina n’était jamais où on l’attendait. Cela rendait pour lui la tâche d’autant plus ardue, mais aussi d’autant plus intéressante. Jamais il n’aurait pensé qu’une montagne aussi éloignée et rustre, si peu encline à partager avec le monde, si peu respectueuse de la Foi des Sept, accueillait en son sein une guerrière de la trempe de ses plus coriaces adversaires. Argan esquissa un sourire tandis que Malvina tentait en vain d’envoyer au tapis le maître d’armes qui l’avait formée depuis la plus jeune enfance. Il semblait que l’élève ait quelques petites difficultés à dépasser le maître, rien d’insurmontable d’après le fils Swann. Il lui fallait juste un coup de main. Cela tombait bien : son père n’était jamais contre quelques piécettes. Après tout, c’était toujours utile !

Le duel s’éternisant, Malvina et son instructeur commençaient à fatiguer. Celle-ci avait déjà sur le dos des semaines d’entraînement. Argan décida d’y mettre fin et ordonna à la jeune femme d’aller chercher son plus fidèle cheval. Soulagée, elle s’exécuta rapidement et enfila des vêtements légers et souples avant d’aller récupérer son fidèle destrier, parqué dans les larges écuries Dayne.

Pur sang né dans le désert Dornien, c’était une bête immense aux longues jambes effilées, tendues de muscles durcis par l’exercice quotidien. Malvina s’était prise d’affection pour ce spécimen lorsqu’elle avait accompagné son père acheter de nouveaux chevaux aux Qorgyle. Ce poulain, né de la dernière lune, était d’après l’éleveur voué à mourir avant la suivante. Faible de constitution, il n’avait tenu que tard sur ses jambes, bien trop longues pour son petit corps. Plutôt que de les laisser l’abattre, Malvina avait acheté le poulain et s’était personnellement occupé de lui. Lyris Dayne, sa mère, s’inquiétait d’y voir un instinct maternel qui n’était toujours pas accompli. À bientôt 30 ans, Malvina n’était pas encore mariée. Sous la vindicte maternelle, son père avait organisé un tournois pour trouver le parti idéal. Il était vrai que le père avait quelques difficultés à accepter de partager son joyau avec un autre homme. Pourtant, il était temps pour Malvina de créer à son tour d’autres petits joyaux.

La jeune héritière avait élevé ce poulain comme un animal de compagnie, au point où il avait été difficile de le cantonner à l’écurie. Presque cinq ans plus tard, Malvina se félicitait de ce choix. Elle aimait particulièrement monter ce cheval, qui était toujours heureux de la voir. Ses longues pattes handicapantes après la naissance s’étaient avérées de fiers atouts à la course et au saut : il battait tous ses semblables dans les deux catégories. Pourtant, il se blessait facilement, obligeant Malvina à rester très prudente et à ne pas compter que sur lui lors de ses déplacements et chasses.

Il était fréquent que l’équidé passe des mois sans pouvoir galoper après une course particulièrement éreintante, obligé de rester à l’écurie avec un membre fracturé. Malvina savait son amitié avec l’animal de courte durée : ses multiples blessures le rendraient bientôt incapable de se mouvoir. Elle profitait d’autant plus de leurs moments partagés.

Argan l’accueillit montant son propre cheval, sur lequel il avait accroché une cage contenant une dizaine de pigeons affolés. Il lui tendit un arc, l’air énigmatique. Malvina le suivit sur une piste, l’arc et les flèches bien sanglés sur le flanc du destrier. Sans un mot, le maître lança son cheval au galop, poussant la jeune femme à faire de même.

Très vite, elle se saisit de l’arc et tenta de l’armer malgré les soubresauts de sa monture. Argan la distançait mais impossible d’accélérer, sans quoi elle ne pourrait plus se servir de son arme. Sans hésiter, elle la banda, s’attendant à voir voler les pigeons. Quelques instants plus tard, elle distingua en effet un branle-bas de bataille d’ailes et de plumes à grands élans de liberté.

Une flèche, deux flèches. Aucune ne toucha son but. Malvina revit immédiatement sa stratégie, dans quelques instants elle ne pourrait plus les atteindre. Sans avoir besoin de toucher aux rênes, elle ordonna à son cheval de stopper sa course. Celui-ci ralentit immédiatement, et Malvina décocha une troisièmes flèche, qui atteignit immédiatement sa cible, suivie de trois autres victorieuses. D’un geste du talon, elle relança sa monture à une allure effrénée, avant de l’arrêter à nouveau pour tirer sans même viser, abattant un nouveau pigeon. D’un coup d’oeil, elle chercha la présence d’Argan, mais celui-ci s’était retiré elle ne savait trop où. Les autres pigeons avaient réussi à s’échapper, elle pesta. Reprenant le contrôle des rênes, elle fit faire une embardée à sa fidèle monture, avant de descendre de cheval pour ramasser les pigeons morts. 5. Ce chiffre ne lui convint pas.

Sans attendre, elle les attacha à la selle et enfourcha l’immense bête pour regagner le château. Le soleil mangeait les cimes des arbres, rasant les terres des Dayne d’une ondée orangée. Bientôt, les ombres angloutiraient tout. Malvina ramena sa monture à l’écurie, peu fière, s’occupa de la brosser et lui flâta longuement l’échine. Elle accrocha les pigeons morts dans la cuisine, qu’ils soient au moins cuisinés. Sans dire un mot, elle avala le repas frugal qu’on lui avait gracieusement mis de côté et regagna sa couche.

À l’aube, elle était déjà sur le pied de guerre. Elle avait opté pour un haut souple, mais n’avait enfilé qu’une armure partielle en cuir sur les tibias et les cuisses. Les écailles de peau de bête, tirées par des sangles, laissaient sa peau blanche à l’air libre sur tout l’intérieur des jambes. Elle tenait son cheval par le crin, ayant choisi de ne pas lui mettre de bride.

Sans attendre, elle l’enfourcha à cru, établissant immédiatement un contact physique à-travers la peau lisse et poilue de l’animal, qu’elle sentait directement contre la sienne. L’équidé s’adapta immédiatement : Malvina l’avait monté ainsi pendant des années, et même si cela la rendait vulnérable, dénuée d’armure, cela lui permettait de ne faire qu’un avec sa monture. Sans attendre, Argan la devança au galop. Malvina arma son arc, prête cette fois à tirer sans perdre une seule flèche : avant que le soleil ne soit haut dans le ciel, tous ces pigeons giraient au sol.

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MessageSujet: Re: Les Météores   Jeu 30 Aoû - 0:54

Sanya sourit en ouvrant le pli que venait de lui confier le mestre. Des pétales d'achillée et de consoude, adjoints d’un fin bouquet de pimprenelles échappèrent à la garde ferme du papier, s’échouant au sol en une myriade fleurie. Elle confia à sa femme de chambre le soin de ramasser les précieuses plantes, son ventre ne lui permettant pas de se pencher. D’un mouvement las, elle s’échoua sur un fauteuil pour profiter de la lettre que son amie lui avait adressée. Finissant de déplier le message, elle se plongea dans sa lecture tandis que sa femme de chambre déposait auprès d’elle une coupelle contenant les plantes séchées adjointes au pli.

Les Météores, An 330

Mon amie,

Comme tu nous manques à ce jour aux Météores ! Tes précieux conseils et tes attentions tout particulièrement me font défaut, maintenant que mes épaules se sont alourdies de nombreuses responsabilités. J’aurais tellement aimé t’avoir à mes côtés lors de mon mariage. Le tournois et la cérémonie ont été un fier succès, ils t’auraient plu. Lancehélion n’avait pas autant ri, bu et chanté depuis la mort de Quentyn Martell et durant les austères années de la régence d’Ellia. Mon père a presque réussi à abandonner son air bougon, c’est dire ! Pourtant, des ridules d’inquiétude ont élu domicile sur son front, depuis la trahison des Allyrions et des Jordayne. Mère aussi réclame tes conseils et ta douceur. Tes mains habiles lui manquent tandis qu’elle se lance dans la confection d’une nouvelle tapisserie de mariage, en mettant à contribution les jeunes Dorniennes l’ayant déjà aidée par le passé. Plus que tous, mon frère est des plus à plaindre. Il est rentré ce mois aux Météores et ne demande qu’à te rejoindre. J’ai cru entendre qu’il t’écrivait beaucoup. Je me demande de quelle potion tu uses, pour qu’il soit si pressé d’être auprès de toi. J’aimerais pouvoir l’utiliser aussi !

Puisses-tu me transmettre ta force et ta bonté, ce mariage s’annonce difficile. Aenys est un mari parfait : il s’occupe de moi à merveille et nous croisons même le fer régulièrement. Je sais que ces manières peuvent te paraître rudes, mais essaie de les imaginer par mes yeux. Je suis tellement heureuse d’avoir trouvé un mari fort et vaillant ! Je sais qu’il m’accompagnera sur les champs de bataille, c’est pourquoi il est important pour nous d’apprendre à nous battre ensemble. Pourtant, tout ne se passe pas comme le voudrait mon père… Voilà déjà plus de six mois que le mariage est consommé, pourtant impossible pour moi de porter les héritiers des Météores. Plus les jours passent, plus ma gorge se noue et mes entrailles se serrent. Mon père nous a laissés seuls aux Météores et a délégué un médecin pour surveiller le moindre signe de grossesse, je le consulte toutes les semaines. Mais bien qu’Aenys soit très attentionné et doux, mon corps refuse de porter ses enfants. Que faire ? Toi qui as le savoir des plantes, dis-le moi !

Puisque nous parlons de plantes, je me dois de te tenir informée de l’avancée des travaux que tu as entrepris avec mon père avant ton départ. Tout se passe pour le mieux ! Le dernier bateau en provenance de Myr est arrivé chargé à ras-bord de plantes fabuleuses et exotiques, récoltées par-delà les mers. A Dorne, tous les seigneurs semblent jouer leur rôle et se prendre au jeu. L’idée d’une coopération dornienne, venue de toi ce me semble, était excellente. Ce projet échauffe les esprits et les corps, crée des échanges et des prétextes de rencontres. Père et Teora Ferboys ont réussi à convaincre chaque Lord impliqué de s’investir dans la culture des plantes, les poussant à s’impliquer dans la régence. Les conseils réguliers à Lancehélion ont permis de fixer des objectifs clairs à Dorne en matière économique et politique. Père a cessé toute interaction avec le Bief et nous entamerons bientôt les travaux de rénovation des châteaux des Marches qu’Ellia refusait d’accorder aux Rocheux.

J’ai joint à ma lettres quelques fleurs séchées. Elles ne te seront pas d’une grande utilité et je sais que tu as déjà ton jardin personnel à Havrenoir, mais c’est plus pour que tu aies entre les mains l’avancée tangible des travaux que tu as conçus avec Père. Il te veut d’ailleurs à la tête de celui-ci, dès ton enfant venu au monde ! Il s’impatiente de te compter à nouveau parmi ses conseillers.

En parlant de Père, il est parti ce mois à Port Réal où les affaires l’attendent. Mère, ainsi que Harmen et Samara restent à Lancehélion en compagnie de Teora Ferboys, afin de superviser la régence. Je suis dorénavant Lady des Météores, mon père m’ayant délégué cette tâche avant de partir. Comme il est étrange de remplir ce poste avant la mort de Père ! Je ne pensais pas avoir de telles responsabilités avant de longues années et te savoir loin de moi est d’autant plus déstabilisant.

Le prochain bateau de Myr devrait arriver dans 2 mois, j’espère que tu seras parmi nous pour en superviser l’amarrage !

Je t’embrasse fort,

Ton amie,


Malvina Dayne
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JacquottePorteplume

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MessageSujet: Re: Les Météores   Jeu 25 Oct - 1:20

Tel le Rige des Marges Rouges


                                                   


Manfreid Whent et Malvina Dayne quittèrent les météores alors que le jour n’était pas levé et que Thoren et Jeanne dormaient encore. Ils revenaient tous de la Treille et de ses nombreuses festivités. Les deux voyageurs étaient à cheval accompagnés seulement de mules transportant vin et nourritures. Ils prirent la direction d’un massif montagneux blanc-jaune dont seuls les sommets étaient éclairés par le soleil levant.
Manfreid décréta l’arrêt à l’aube du second jour et déclara à Malvina qu’ils n’étaient plus qu'à une journée de marche du lieu qu’il cherchait. Ils camperait donc ici et passeraient la journée à s'entraîner.
La première séance sembla tout d'abord habituelle pour Malvina, sur un terrain dégagé, épée mouchetée en main. Ils échangèrent des passes d’armes toute la matinée. Manfreid ne disait rien, Malvina avait l’impression qu’elle perdait juste son temps. Où était donc l’entraînement incroyable qu’on lui avait promis ?
Après manger, l'entraînement reprit. Manfreid se mit alors à parler, se montrant soudainement insultant. Ses coups changèrent du tout au tout, il traita Malvina de petite pute dornienne, de chienne, de connasse qui ne sait pas tenir une épée tout en la désarmant… Les insultes pleuvaient. Malvina s'énerva rapidement et redoubla d’efforts pour faire payer ses paroles à son adversaire. Elle eut pour seule récompense de ses efforts un pain monumental qui l’envoya à terre. Alors qu’elle s'était assise sur le sol, tentant d'endiguer le flot de sang s'échappant par son nez, il lui tint à peu près ce discours :
« Tu n’es pas un guerrier, et par là je n’entends pas que ton sexe t’en empêche. Tu n’as pas l’esprit guerrier, tu es une brute, pas si différente de celles qu’on trouve dans n’importe quelle taverne ! Bien sûr tu as de la technique, tu as été instruite militairement, mais il te manque le plus important. Arghan Swann, ton ancien mentor, fut un mauvais maître d’arme pour une raison bien simple : il est un guerrier, mais ça ne lui est pas venu à l’esprit que d’autres combattants ne puissent l’être. Avec n’importe quel autre élève, sa technique aurait porté ses fruits et le guerrier en serait ressorti avec une nouvelle panoplie de coups. Mais toi, tu es hermétique, pleine d’arrogance, tu ne peux pas apprendre. En tout cas pas encore … »
Manfreid sortit d’un petit sac 7 statuettes de bois qu’il déposa sur le sol.
« Voici les 7 facettes de notre dieu. »
Il prit celle du guerrier dans ses grandes mains rugueuses et la montra à Malvina.
« Moi aussi, durant ma jeunesse, j’ai cru que le seul à qui un chevalier devait se vouer était le guerrier. S’y abandonner tout entier faisait de toi un vrai combattant, voilà ce que je croyais, mais c’est faux.
Un guerrier est comme dieu, sept reflets en émanent, sept nuances que tu dois aborder, comprendre et devenir. »
Il se releva précipitamment.
« Mais nous avons beaucoup trop parlé déjà. Va te laver le visage dans le ruisseau et repose toi.»
Et tandis que Malvina s’éloignait déjà, il ajouta :
«Tu vas en avoir besoin... »
En effet, elle en eut besoin. Car après s’être réveillée et avoir pris un repas frugal, elle eut le déplaisir de se faire annoncer par Manfreid que sa jument était blessée. Ils voyagèrent toute la journée, Malvina à pied avec les mules et Manfreid sur son cheval, ne faisant qu’une pause pour manger quand le soleil atteignit son zénith.
Le soir, ils arrivèrent à un village montagnard en ruine et inhabité. Manfreid annonça à Malvina qu’ils y établiraient le campement et resteraient durant toute la durée de l’entraînement. Celle-ci dût mettre sa fatigué de côté pour suivre les ordres de son maître. La longue marche sans cheval avait eu raison de toute son énergie.
Il lui indiqua l’emplacement du puits et la façon de dresser le camp, puis ils libèrent les mules de leurs chargements. Soudain, Manfreid s’approcha de la jument et dit :
« Cette bête est magnifique, taillée pour courir. Dommage qu’elle ait dû suivre à un rythme si lent notre petite compagnie... »
Sur ce, il l’enfourcha et la fit partir au trot sur le sentier. Il la poussa dans une accélération et revint près du campement, paradant sous les yeux de Malvina. Celle-ci comprit et, pleine de rage, quand Manfreid sauta à terre, elle se rua sur lui :
« Menteur ! Elle n’a jamais été blessée ! Et vous m'avez fait marcher toute la journée ! Je vous faisais confiance !! »
Manfreid partir d’un rire tonitruant :
« Ma belle, si tu avais songé à y regarder d’un peu plus près tu aurais vite vu que ta jument pouvait largement te porter ! N’est-ce pas toi qui t’en occupe, ne sais-tu rien des équidés ? Oh, mais je vois, tu trouves cela injuste ? »
Malvina s’insurgea, tant pour la situation que pour le surnom dégradant :
« J’ai marché jusqu'à avoir les pied en sang. Mon corps est transi de crampes et de la transpiration me couvre comme une souillon ! Tu n'as aucun de ces problèmes, toi qui as chevauché sur ton cheval ! Tu es injuste. »
Manfreid sourit et descendit de cheval tout en expliquant :
« Tu vois ce village en ruines ?  Il n'en a bien entendu pas toujours été ainsi. Ici ont vécut des hommes, des femmes et des enfants. Ce n’était pas un grand village, ils étaient sûrement moins de cinquante à vivre ici, mais je vais te raconter leur histoire. Dans ces montagnes se cachait une bande de pillards qui terrorisait les environs, pillant, tuant et violant. Enfin tu vois, le plan habituel quoi. Et donc on envoya une troupe dirigée par un chevalier leur régler leur compte. Des soldats pas fainéants, ils vinrent dans les montagnes. Et là, je ne sais pas comment ils ont foutu leur compte, leur chef devait être un putain de Tarly, parce qu’ils se sont retrouvés à attaquer ce pauvre village et massacrer ces habitants en pleine nuit. Les bandits ont vu ça et ont détalé en vitesse, on les a pu jamais revus, alors les soldats sont rentrés comme si de rien n’était … »
Manfreid posa une main calleuse et paternelle sur l’épaule de son élève :
« Voilà ma première leçon : celle du père, symbole de justice. Dans le monde, il y a toujours une plus grande injustice que tu ne le crois. Sois toujours juste et ne te plaint pas de ce qui est finalement bien petit. »
Bien sûr, en vérité, Manfreid avait inventé de toute pièce cette histoire de bandit. En réalité les habitants avaient tout simplement délaissé ce pauvre village pour aller s’installer dans un endroit moins rude. Mais cela, Malvina ne le saurait pas.
Celle-ci, occupée à ruminer son sort, dut avouer que face au destin de ces pauvres gens, elle pouvait s’estimer heureuse d’avoir marché une journée durant et d’avoir conservé sa vie. Désormais, le lieu dans lequel ils campaient lui procura un vif malaise. Elle avait la peur constante de souiller la sépulture sordide de ce village au destin tragique… elle se coucha avec cette impression tenace et ferma difficilement l’oeil sur de récurrents cauchemars.
Le lendemain, Malvina restait tout de même énervée contre Manfreid. Après son petit déjeuner, elle se prépara à l’entrainement et regarda le maître préparer la séance. Etrangement, Manfreid sortit de ses besaces du fer, de l’osier et du bois et lui dit de ranger armes et armures. Et en effet, cela aurait été bien inutile à Malvina, car pendant deux jours dans l’ancienne petite forge du village elle martela le fer pour en faire un poignard. Assise sur un rocher elle tailla le bois pour sculpter un petit bateau et assise en tailleur dans le campement au coin du feu elle tressa l’osier pour fabriquer un panier.
Après trois jours de travaux, la deuxième épreuve de Manfreid commençait à prendre forme. Bien sûr, Malvina dût apprendre la patience de faire et défaire, apprendre de ses erreurs, Manfreid dispensant son enseignement en la laissant faire pleinement, même lorsqu’elle se trompait.
La jeune femme se dévoua pleinement à son travail, bien que ses erreurs lui coutassent. Elle était reconnaissante envers Manfreid de laisser son corps se reposer et reprendre des forces. Et bien qu'elle soit encore énervée contre ses méthodes fort peu agréables, elle voulait gagner son admiration, quand elle avait échoué à gagner celle d’Arghan Swann.
Le matin du troisième jour, Malvina donna à son maître ses créations. Elle était fière d’avoir relevé ce défi sans grandes difficultés.
Manfreid pris alors le poignard et le mit à fondre dans le brasier de la forge. Aussitôt, Malvina se jeta sur lui pour l’empêcher de réduire son travail à néant, mais il la mit au sol sans ménagement et l’obligea à regarder son poignard rougir dans les cendres ardentes jusqu'à n’être qu’une bouillie fondue, portée au rouge. Quant au bateau, Manfreid le jeta dans le feu de camp et écrasa sans pitié le panier d’osier, non sans avoir envoyé une Malvina révoltée rouler au sol.
Tandis que la dague devenait métal fondu et informe, Malvina pensait à tous ces coups de marteau qui lui faisaient encore des crampes aux bras, aux braises qui lui avaient sauté au visage, à la chaleur étouffante. Et alors que la petite sculpture de navire devenait cendres, elle repensa aux coups de couteau qui avaient entaillé les doigts, à l’image qui était née dans son esprit et qui ne verrait pas le jour. Et alors que le panier gisait ruiné sous les pieds du géant, elle pensa à toutes ce temps passé, à la concentration qu'elle avait dû trouver, à la douleur de rester dans cette position de travail, tout cela pour rien car tout était détruit.
Lorsqu’elle eut séché ses larmes de rage et calmé ses esprits, Manfreid s’approcha :
« Voilà ma seconde leçon, celle du ferrand : il est plus rapide de détruire que de construire. Un vrai guerrier doit savoir ça avant d’user de sa force pour détruire les choses. J'espère que maintenant que tu l’a vécu dans ta chair, tu penseras autrement aux conséquences de tes actes.»
Bien qu’elle fut révoltée, pour la première fois Malvina fut à même de comprendre ce que Manfreid avait à lui enseigner. Elle trouva même cette leçon fort sage et y pensa longuement, une fois recroquevillée sur sa couche à la recherche du sommeil, le regard tourné vers les étoiles. Son père lui avait enseigné la technique, le sang et la brutalité. Peut-être lui fallait-il apprendre aujourd'hui à devenir un véritable guerrier en mettant une conscience derrière ses actes ? Cela sous-entendait qu’elle n’avait jamais été un guerrier jusque-là. Cette idée était proprement inadmissible, elle la rejeta en bloc et se blottit immédiatement dans sa hargne. Il n’était pas né, celui qui lui ferait avouer ce genre d’insanités ! Elle s’endormit sur cette pensée, bien loin encore de percevoir l'enseignement de son maître...
Après la dure leçon du ferrand, Manfreid décida d’emmener Malvina en chasse, histoire de trouver de la viande pour agrémenter les provisions bien trop sèches.
Ils marchèrent longtemps dans les montagnes, armés d’arcs, puis arrivèrent au détour d’un roc à la forme extravagante. Il sembla savoir où il allait. Le rythme s’accéléra et le Raide intima à Malvina de se montrer discrète. Ils progressèrent sous le vent, cachés dans des buissons épineux. De, là ils trouvèrent face à eux une paroi de roche abrupte, et au pied, une mère et ses petits chevreuils. La respiration des chasseurs était mesurée, la longue traque oubliée. Il n’y avait plus que ces quelques animaux qui sans se douter de rien se prélassaient au soleil. La mère prenait soin à chaque instant de ses petits, alerte au danger et prête à fuir à tout instant en les emmenant à sa suite. Eux pouvaient alors se repaître de cette herbe grasse et juteuse sans craindre quoi que ce soit, baignés dans l'innocence et la douceur.
Sans se laisser attendrir par cette scène, Malvina arma son arc, banda ses muscles et se concentra. Lorsque la flèche partit, Manfreid donna un violent coup dans l'arc, déviant le tir vers le sol. Les animaux s’enfuirent et le festin avec. Malvina, en pleine incompréhension, essaya d’armer une seconde flèche pour abattre au moins l’un d’entre eux, mais Manfreid l’arrêta :
« Ceci est ma cinquième leçon : celle de la mère. On l’appelle la force des femmes, la mère est miséricorde et paix. N’importe quel guerrier serait un chien sans elle. Oh, je vois cependant à tes yeux que tu n’es pas d’accord avec moi et que malgré tout, tu aurais bien pu tuer cette pauvre bête et l’ajouter au repas… Alors j’ai autre chose pour toi, prend une grande respiration. »
Surprise, Malvina s’exécuta. Alors, Manfreid plaqua sa main contre le ventre de Malvina… elle expira profondément.
« Tu devrais être à même de percevoir cette leçon, toi qui vas être mère. Tu as en ton sein l’embryon de la vie-même, mais tu ne t’en rendras compte réellement que le jour où la vie te fera mère dans la souffrance. Il te faudra force et courage pour élever cet enfant, mais aussi paix et pardon pour lui offrir la quiétude de tes bras. Le guerrier est à la fois l’un et l’autre, il sème mort et désolation mais sait respecter le repos des défunts et le sein de la mère. »
Malvina posa une main sur son ventre. Elle savait que d’ici quelques mois, elle ne serait plus à même de se battre, encombrée par un ventre gros et rond. Elle avait vu celui de Sanya, grandir et pousser. Elle l’avait vu peiner à porter cette charge… était-ce cela, être mère ? Est-ce que son mari allait lui aussi se mourir d’amour pour elle une fois cet enfant né ? Son frère Ynys ne réclamait qu’après Sanya…
Le soir, elle se coucha près du feu, la main posée sur son ventre. Quoi que renfermât la maternité, elle avait hâte de le découvrir.
Le matin suivant, Malvina se réveilla d’elle-même alors que le soleil était déjà assez haut dans le ciel. Elle trouva Manfreid occupé à boire et le questionna sur sa décision de ne pas la réveiller. Elle qui avait été levée tôt depuis le début du voyage se voyait octroyer des heures de sommeil en plus et elle l’en remerciait.
Avant midi, ils prirent les chevaux et s’éloignèrent un peu du village. Manfreid mit pied à terre devant un grand trou dans le sol. Malvina en fit autant et rejoignit son maître, penché au-dessus du trou. A ses côtés, elle put alors percevoir qu’il était profond d’environ 4 mètres. Dedans, il y avait des caisses en bois et des sortes de toiles bizarres, une corde enroulée et une échelle de bois qui permettait d’y descendre ou d’en remonter.
Et soudain, Malvina sentit un coup fort et brutal sur ses fesses. elle plongea tête la première dans l’obscurité du grand trou et atterrit avec un bruit mou sur les toiles en contrebas. Son cri de stupéfaction laissa place à un cri de rage. Elle sortit en se débattant comme une diablesse des vieilles toiles et regarda d’en bas un Manfreid qui lui avait botté le cul, plié de rire.

Elle sauta rageusement sur l’échelle pour apprendre à Manfreid à se foutre de sa gueule, mais arrivée au bout de son ascension, son maître mit un grand coup de pied dans l’échelle, qui se brisa. Malvina tomba à nouveau et se heurta cette fois violemment au sol, car rien n'amortit sa chute. Elle mit un certain temps à retrouver ses esprits. Manfreid sut que tout allait bien quand elle lui envoya une nouvelle vague d’insultes. Durant de longues minutes, elle chercha un moyen de remonter, s'acharnant sur les parois de terre qui entouraient sa geôle. Elle donna des coups de pied dans les caisses en bois qui obstruaient son passage et l’empêchaient de se débattre. Dans sa colère, ses mouvements ne faisaient que la blesser encore et encore. Lorsqu'elle progressait un peu, elle retombait immanquablement et son dos se heurtait à l’une de ces maudites caisses de bois.
Avec un grand sourire, Manfreid lui annonça que tandis qu’elle dormait paisiblement, lui creusait sa tombe. Il l’insulta longuement et dans des termes terriblement crus, qui mirent Malvina dans une rage noire. Elle redoubla d’efforts, tentant de se sauver de ce trou qui la rendait de plus en plus folle.
Désespérée, elle tenta d’empiler les caisses de bois, qui s’effondrèrent bien vite sous son poids : le bois était moulu, pourri et véreux depuis longtemps.
Manfreid se gaussait toujours, assis près du trou à la regarder s’énerver. Il était vrai que d’un point de vue objectif, la scène était pitoyable. Malvina, incapable de penser une fois l’adrénaline et la rage ayant empli son cerveau, se ridiculisait comme jamais auparavant.
Après un long moment de lutte inutile, elle se résigna à se saisir du tas de corde à ses pieds. Elle savait très bien ce qu’impliquait cette corde : elle ne pourrait pas se sortir seule de ce piège. L’objectif était-il donc de l’obligée à ravaler sa fierté pour demander de l’aide ? Elle se renfrogna. S’il était réellement question de faire profil bas, peut-être le pouvait-elle pour cette fois. L’idée de laisser Manfreid gagner du pouvoir et de l’influence sur elle la dégoûtait. Un homme, encore une fois, prendrait la place de son père pour la dominer. Encore heureux qu’elle s’entende avec son mari ! Car elle aurait pu haïr la race des hommes si lui aussi avait cherché à la modeler à son image...
Elle se fit violence et demanda à Manfreid :
« Allez, arrête la blague, je sais que c’est une de tes leçons. Je te lance la corde, attache-là à ce rocher, je remonte et tu me feras la morale. »
Armé d'un fin sourire, le Raide répondit :
« J’avoue, je suis démasqué. Lance moi la corde, on va voir comment tu te sors du trou. »

Malvina, soulagée, attrapa la corde à deux mains et commença à la dérouler, remarquant à peine qu’elle avait été soigneusement enroulée. Quand elle eut assez de leste, elle lança le reste de corde à Manfreid. Celle-ci se déroula en gagnant en hauteur, atteignant le haut du trou. La lumière était déjà basse et le soleil s’approchait dangereusement de l’horizon, mais ses réflexes de dornienne ne la trompèrent pas. D’un geste, elle fit un énorme bond en arrière, se collant à la paroi. En se déployant, la corde avait libéré une bête bien connue de son environnement désertique : un serpent brun qui tomba à terre, suivi de la corde que Manfreid n’avait bien évidemment pas attrapée. La bête siffla en s’écrasant au sol, le coeur de Malvina se serra tandis qu’elle calculait tous ses mouvements au ralenti. Un grand rire guttural en provenant du haut du trou la fit serrer les dents.

Manfreid finit par essuyer les larmes de rires qui commençaient à perler au coin de ses yeux :
« Bon, allez, je vais manger et me coucher. J’ai hâte de voir quelle drôlerie tu me réserve pour demain ! »

Et il s’éclipsa.
Coincée dans ce trou face à ce serpent, Malvina en avait presque oublié son maître pour se concentrer sur sa survie. A sa couleur orangée, elle avait reconnu une espèce vénéneuse particulièrement agressive. Elle remercia son père de lui avoir enseigné bien des choses sur les serpents et fouilla sa mémoire pour trouver une solution. Rien ne venait. Le bruit, les tremblements, les grands mouvements pouvaient faire fuir un serpent, mais dans la configuration présente, ils étaient coincés ensemble et le serpent n’était pas prêt de s’enfuir en rampant. Restait la solution de le tuer, après tout elle avait son épée à la ceinture. Rien ne l’empêchait de se battre pour sa survie, seulement cela impliquait de prendre le risque d’une morsure mortelle. Si Manfreid était réellement parti se coucher, alors elle serait morte avant le lendemain, sans aide et sans remède.
Elle décida qu’au vu de la lumière déclinante, le plus sage était avant tout d’allumer la torche. Le feu tiendrait l’animal à distance. Elle se pencha et récupéra le morceau de bois enduit d’huile et de graisse, qu’elle alluma. Une lueur jaune inonda soudain son piège de terre, elle dut cligner plusieurs fois des yeux pour s’y habituer. Lorsqu’elle les rouvrit, le serpent avait disparu. Lentement, elle planta la torche à une paroi et dégaina son épée. Du bout de la pointe, elle retourna une à une les caisses de bois pour le déloger. Il n’était sous aucune. Son souffle s’accéléra. Où était le serpent ?
Elle se leva d’un coup et chercha dans tous les recoins de la grotte, mais le reptile avait disparu. La torche jetait des ombres mouvantes partout, inquiétantes, qui déformaient sa vision et ne lui apportaient pas de réelle aide. Elle décida donc de l’éteindre, puis elle se remit à la recherche du serpent avec la ferme intention de se débarrasser de sa dangereuse présence, mais toujours sans succès. Ses yeux s’habituaient à l’obscurité et elle pensa qu’il était peut-être planqué dans une anfractuosité de la paroi. Elle y passa les mains, puis la pointe de son épée qui retourna la terre à de nombreux endroits. Et c’est là qu’elle la trouva : une faille étroite et recouverte, comme si le trou était à la jonction d’un tunnel qu’on aurait pas tout à fait fini de creuser. Un monceau de terre s’effondra, découvrant une ouverture, au-travers de laquelle elle passa son épée comme une pioche. Au bout de quelques temps de travail, elle dégagea un passage suffisant pour y glisser son corps entier. Il y avait bien un tunnel, une sorte de galerie souterraine creusée par l'érosion dans la roche. Le serpent s’était donc faufilé par l’interstice, échappant au feu en trouvant instinctivement la sortie.
Malvina s’y glissa sans crainte. Elle progressa quelque temps puis la faille s’élargit jusqu’à ce qu’elle put se tenir debout, mais bientôt le plafond s’abaissa peu à peu et elle finit sa progression en rampant.  Elle s’extirpa enfin du trou et respira l’air frais tant attendu. Elle n’avait aucune conscience du temps qu’elle avait passé dans ces tunnels mais la lune était haute déjà dans le ciel. Elle soupira. Cette leçon était bien plus tordue que les autres mais quelque part, elle en avait compris le sens sans même que Manfreid eut à lui expliquer. Elle sentit une présence dans son dos et n’eut pas le temps de se retourner qu’un grand coup de pied au derrière l’envoyait au sol. Manfreid souriait, accompagné d’une bouteille de vin et de pain rassis :

« Je t’attendais, t’en veux ? »
Ils s’assirent autour de leur maigre festin.
« Tu as donc rencontré l’aïeule qui éclaire de sa sagesse… J’espère que tu sauras faire appel à elle lorsque tu t’emporteras à nouveau. Ne laisse pas la rage l’emporter, tu as l’aïeule en toi qui te souffle les choix qu’il convient de faire. Tu es très intelligente, Malvina. Tu aurais su trouver cette sortie si tu ne t’étais pas laissée guider par tes instincts. Je suis cependant fier que tu n’aies mis que la moitié de la nuit à te calmer ! »
Il partit d’un grand rire puis lui intima de se reposer. Le lendemain, ils seraient levés à l’aube...

Après ces leçons extravagantes, Malvina fut heureuse de trouver une journée d'entraînement normal. Se taper dessus à l’épée mouchetée contre un monstrueux géant était en fait relaxant, comparé à ce que ledit géant lui avait fait vivre précédemment. Pourtant, une fois encore, mal lui en pris de penser que l’entraînement de Manfreid avait quelque lien que ce soit avec ses anciens cours et combats...

Tandis qu’ils étaient en pleine joute, Manfreid fit soudain une pause et retira son casque. Il reprit son souffle et but, Malvina s’octroya donc elle aussi une pause bien méritée. Alors qu’elle se restaura, son maître lui annonça que la cinquième leçon qu’il voudrait lui enseigner aujourd’hui serait celle de la jouvencelle.

« Bien sûr l’amour, la pureté … voilà des figures avec lesquelles tu ne dois pas être bien habituée jeune lady. Je me trompe ? »
Mavina protesta en invoquant l’amour loyal qu’elle éprouvait pour son mari. Manfreid, comme à son habitude semblait enfin le comprendre Malvina, sourit de manière énigmatique.
« Cet amour que tu as en toi est une grand force. Elle doit te pousser à agir de manière noble. Il te faut visualiser les conseils que tu donnerait ton mari lorsque tu sembles sur le point de perdre tes moyens. Ainsi, si un ennemi tente d’utiliser tes faiblesses contre toi, tu sauras l’ignorer. Et tu verras, tu te sentiras alors bien plus grande que lui ! L’être que tu chéris est sans aucun doute une force tranquille à tes côtés au quotidien. La jouvencelle est le pendant de la mère. Lorsque la jouvencelle devient mère, elle garde l’amour pour son mari qu’elle éprouvait étant encore une enfant à peine sortie des leçon du mestre. Aujourd’hui, je vais t’apprendre à invoquer auprès de toi le souvenir de l’être aimé, pour que tu apprennes à l’utiliser pour garder ton calme. »
Le reste de la journée fut dédiée à des combats à répétition où Malvina sembla prendre confiance en elle. Elle réussit même à apprécier la compagnie du Raide et s’endormit le soir le sourire aux lèvres, le souvenir doux de Aenys sous les paupières.
Malvina fut réveillée en sursaut par une terrible douleur au bras droit. Elle ouvrit les yeux et vit Manfreid, à genoux à côté d’elle, concentré sur son bras. La douleur ne se calmait pas, elle la brûlait, et lorsqu’elle put enfin voir son bras, elle hurla de terreur. Un scorpion au corps aussi noir que l’ébène, de petite taille, était posé sur la peau de Malvina qui virait au violacée.
Manfreid, les mains couvertes par des gants de cuirs, rattrapa le scorpion par la queue et s’écarta un peu avant de le lancer au loin. Réveillée pour de bon, Malvina se mit à transpirer à grosses gouttes. Il s’approcha et se rassit, la regardant avec une grande pitié :

« Désolé je l’ai vu trop tard » dit-il
D’un coup, les larmes montèrent aux yeux de Malvina, elle se mit à haleter. Tout comme pour les serpents, elle connaissait suffisamment les scorpions pour savoir que celui-ci était mortel. Elle n’avait aucun moyen de rentrer chez elle prendre un antidote, elle se trouvait en plein milieu des Montagnes Rouges, perdue, loin de tout et de tous ceux qu’elle aimait. Elle se sentit désemparée, se faisant violence pour ne pas se laisser submerger par la douleur. Soudain, elle sentit Manfreid qui lui saisissait la main et captait son regard :

« Tu as peur de mourir Malvina ? »
Elle réagit de manière bourrue et sèche, retenant ses larmes. C’était donc avec cet énrgumène qu’elle allait achever sa vie, cet entraînement aurait été vain. Elle trouva le courage de lui répondre :
« Oui bien sûr abruti »
Manfreid soupira et lui saisit le visage en coupe entre ses deux grandes mains calleuses :
« Alors pourquoi vas-tu au combat sans réfléchir ? Pourquoi risquer sa vie de façon inconsidéré ? »

« Mais pourquoi est-ce que tu continues avec tes leçons ?? Tu ne vois pas ? Je connais ces scorpions, je n’ai pas le temps de rentrer et puis la fièvre ne va pas tarder à me saisir…  ça n’a pas d’importance, tout ça...Je vais mourir. »
Manfreid se tut longueulement, l’observant en silence. Puis il lui demanda :
« A quoi penses-tu ? »
« A mon père, mon frère, à Aenys… A cet enfant que je vais tuer avec moi, je ne connaîtrai jamais la figure de la mère. A Sanya qui va être si triste… A ma mère, à ma soeur… A mon château, je ne vais pas revoir mon château, mon cheval dont personne ne va vouloir s’occuper… Et puis tous ces instants de vie… Se lever le matin, se coucher le soir, rien que ça ! Mais c’est fini. »
« Tu n’as jamais ressenti ça avant ? Tu n’as jamais eu peur de mourir ? »
Malvina ne répondit rien, la tête lui tournait et lui faisait mal.
«  Et si tu n’allais pas mourir ? »

Malvina n’eut pas de réelle réaction, se laissant aller à sa mort imminente. Mais elle lâcha dans un souffle :
« Je ne veux pas mourir… S’il te plaît, je ne veux pas mourir... »
Et alors que, tellement affaiblie par le venin qu’elle perdait conscience, Manfreid sortit une petite fiole et lui fit boire son contenu, avant de la la laisser se reposer.
Durant toute la journée, Malvina fut agitée par un sommeil fiévreux, rempli de cauchemars. Le soir elle se réveilla enfin et Manfeid lui révéla la portée de sa leçon : celui de l’étranger, synonyme de mort et d’inconnu.
« Normalement on apprend aux soldats à ne pas avoir peur de l’étranger, mais un vrai guerrier se doit de respecter l’étranger et le craindre, surtout toi, guerrière au manque évident de sang froid et d’instinct de préservation. Tu chéris la vie et pour la sauvegarder, tu te dois d’apprendre à respecter l’étranger pour en faire ton allié dans toutes les batailles. Tu sèmes la mort, mais tu dois aussi la craindre et l’accepter lorsqu’elle viendra. »

Malvina dormit longuement pour se remettre de la leçon de l’étranger, mais Manfreid finit par la réveiller tout de même. Il s’agissait du dernier jour et de la dernière leçon, il ne pouvait pas la laisser trop longtemps rêvasser.
Ainsi le dernier exercice, serait comme un jeu. Lui tiendrait le rôle d’un assassin déterminé à la tuer, correctement protégé et armé d’une épée d’acier valyrien. Elle, seulement équipée de vêtements légers et d’un stock d’épées de bois, devrait lui faire face.
Bien sûr, malgré tous ses efforts, la journée durant Malvina échouerait à vaincre un Manfreid ainsi paré, armée de simples bâtons, qui seraient détruits comme des brindilles. À la fin Manfreid, lui mettrait même l’épée sous la gorge, car il s’ennuierait ferme.
« Tu as perdu » lui annoncerait-il.

Malvina répondrait alors :
« C’était trop difficile, je ne pouvais pas te vaincre, ce combat était déséquilibré ! »

« Il y avait pourtant une façon de me vaincre. Tu aurais dû fuir. Un vrai guerrier ne laisse pas son adversaire gagner et ne meurt pas inutilement. Si ton adversaire est plus fort que toi, qu’il te veut vivant et qu’aucune issue n’est possible alors mets fin à ta vie. Mais quand son objectif est ta mort, ta fuite sera ta victoire !
As-tu déjà tout oublié ? Ce combat était injuste, bien sûr, comme beaucoup de combats le seront, car la vie est ainsi faite. »
Soudain, Malvina l’interrompit.
« Pardonne-moi, mais je crois avoir compris cette dernière leçon. Permets-moi d’essayer. En acceptant de combattre contre toi, j’ai négligé toutes tes leçons depuis le début de notre voyage. Tout d’abord, celle du père car j’ai essayé de te vaincre sans penser aux conséquences de mes actes. Ainsi, je n’ai pas pensé selon la figure du ferrand. J’ai agi sans être en pleine connaissances de la situation et sans réfléchir aux autres perspectives qui s’offraient à moi. J’ai trahi l’aïeule. Je n’ai pas envisagé ma propre survie, j’ai donc manqué à la leçon de l’étranger. En tombant au combat, j’aurais à la fois abandonné mon mari Aenys et condamné l’enfant en moi à la mort avant même d’avoir vécu. Je n’ai donc pas suivi les enseignements de la mère et de la jouvencelle. »
Le visage de Manfreid s’illumina d’un sourire franc. Malvina posa son épée de bois au sol.
« Il est inutile de m’expliquer la figure du guerrier. Le guerrier est celui qui, épée au poing, est capable d’avoir conscience en lui des septe facettes du dieu. Le guerrier ne peut être considéré comme tel que parce qu’il ne trahit aucune de ces facettes. Tu peux me laisser, maintenant. J’ai compris tes enseignements. Je vais poursuivre mon voyage pendant plusieurs semaines, afin de rentrer chez moi comme une véritable guerrière. Préviens ma famille, lorsque tu les verras. »
Manfreid ramassa ses affaires et se remit en chemin en direction des Météores. Malvina resta seule longuement, la tête appuyée sur le tronc moussu d’un arbre. Elle passait négligemment une main aimante sur un ventre qui s’arrondissait de jour en jour. Elle souriait.
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